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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 23:03

 

 

Cela ne durerait que quelques heures. Rendez-vous à 7H45 précises.

6H. La ville résonne du moteur des camions poubelle. Les hommes jaunes-fluo, s’attardent sur le trottoir. En automate, ils descendent de leur perchoir, font rouler le container, l’ouvrent, l’accrochent, le répandent, le récupèrent, le remettent à sa place…Quelques mètres plus loin, la même valse. Aucun mot échangé. La nuit s’étire, prête à disparaître. Les lampadaires reflètent les vacarmes de la nuit. Les rues suintent encore des ecchymoses des passants éméchés. Les stores des boutiques sont clos.


 Quelques pas, d’ici, de là. Une femme, mince comme une crêpe, aérienne, en partance pour nettoyer les bureaux des cadres bien payés, mal éduqués qui collent leur chewing-gum sous le bureau. Le chef écrase ses mégots dans les verres. Un talus de dossiers, trône sur son bureau. Racler, nettoyer, lessiver, dépoussiérer ces esprits rigides, ankylosés dans leur kilos superflus, combinés de leur whisky quotidien et de leurs déjeuners d’affaire… Elle, si fluette, n’a jamais trempé ses lèvres dans le reflet ambre. Elle carbure à la fringance des jus de fruits vitaminés.


 Je m’engouffre dans le métro, à pas lents, en résistance à l’épreuve, qui aura lieu dans une heure au plus. Les couloirs sont déserts. L’homme Accueil- RATP baille derrière sa vitre. La rame m’ouvre ses portes. Les visages froissés, ternis, me dévisagent une fraction de seconde, puis se perdent dans le halo flou d’anonymes. En face de moi, un jeune emmitouflé dans ses écouteurs, les yeux mi-clos, s’accroche aux résidus de ses rêves inachevés.


 Je m’en souviens, sortie N°5. La lumière du jour se fraye une courbe sur la géographie voilée du ciel. Encore quelques pas, je me rapproche. L’enseigne au dessus du porche, je la reconnais. J’ai une minute de retard. Je m’annonce. Le salon est comble. Je feuillette un magazine, puis deux, puis trois. 30 minutes… 1heure. Pourquoi suis-je la dernière ? J’étais en première position. Une ondée de parano me fait frissonner. « Vous pouvez y aller. Vous prenez le couloir puis l’escalier à droite. On vous attend. » Je descends avec prudence. Box N° 15. « Déshabillez-vous. La salle de bains est au fond du couloir.» Il est trop tard pour renoncer. Un groupe de jeunes femmes se racontent leur soirée. Je m’enferme à double tour. La cabine est étroite. Les parois deviennent orangées, la pomme de douche m’échappe. L’eau coule sous la porte. Je m’extirpe trempée, refroidie. Je sors, nue sous ce tissu bleu.

Le box N° 15 est pris. « Vous serez au 8 ». L’attente me glace. Une heure passe. Je perçois des souffles, des cris, des râles. Des silhouettes s’affairent, se déplacent. Un homme m’interpelle. « C’est à vous. Doucement ». Comme dans les films, je roule, frôlant les murs. Les visages croisés me souhaitent bonne chance. Je me raidis, les poings serrés. Je rapetisse sous le voile de mes yeux fermés. Les roues se bloquent : je suis arrivée. « Bonjour, ca va ? ». « Euh…Je me sens nerveuse. ». « Ne vous inquiétez pas, je suis un spécialiste. » Il me prend le bras. Un visage que je reconnais se penche au dessus de moi. L’esquisse d’un sourire puis je disparais du réel.

 Me revoilà au Box 8. Étendue, j’observe. Le décor n’a pas changé. Mes paupières s’alourdissent, la lumière me picore les yeux. Je sens des fluides couler le long de ma joue, du sang. Avec effroi je sens une boule au fond de ma gorge. Mon corps lourd s’enfonce dans les draps froids. Ma voix se bloque, le son est coupé. Mes yeux se referment sur une lumière blanchâtre. Comment vais – je m’en tirer ? D’une poussée vive sur mes bras je tente de me relever. « Ne bougez pas. Il est trop tôt.». Ma gorge me brûle, les rigoles de sang se propagent dans ma bouche. Mes tempes tambourinent contre mon impuissance. Ma tête se tourmente.

Deux heures ont passé. « Vous pouvez vous rhabiller. » Le goût du sang se répand dans ma gorge. Sur mon bras, une tache bleue s’est formée.

 

L’épreuve est finie. Je me précipite à l’air frais. La démarche vacillante, je hèle un taxi. « Où allez-vous ? » « Nulle part. Faites moi faire un tour dans Paris ». J’ai retrouvé ma voix. L’angoisse s’échappe par la vitre ouverte. Je suis de nouveau là, quelque part…

LN

lumière blanchatre

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Published by tanamo - dans Ecriture
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commentaires

kranzler 22/02/2011 17:21



La première fois que je suis venu chez vous, je n'ai pas réussi à réagir sur ce texte bien qu'il m'ait beaucoup plus. Quel genre d'institut est-ce ? Une clinique ? Le box 15, la douche, le sang
qui coule : cela fait bien des détails que je ne m'explique pas encore. J'ai relu le texte en espérant trouver un indice, en vain. Il y aura une suite ? Je serais ravi de continuer, de voir où
conduit ce chemin intrigant.



tanamo 22/02/2011 19:48



AHaha le suspens a marché...Et vous ètes pas loin. Je viens de publier la suite et fin mais qui laisse planer le mystère... Peut etre trop ...



agnes 21/02/2011 13:34



oh my god !! fiction ou réalité ??


en tout cas suspens...



tanamo 21/02/2011 16:42



Parfois la réalité dépasse la fiction...A suivre 



assistantesociale 21/02/2011 08:25



Troublant récit...une suite ?



tanamo 21/02/2011 08:33



AH je me tâte...dois-je lever le trouble...ou laisser le lecteur avec son imaginaire??



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