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Au gré de mes états d'âme j'écris des nouvelles en épisode, des haïkus, des phrasés. J'expose mes tableaux, je vous fais partager mes impression sur les films, les expositions, les livres et j'organise des concours de jeux d'écriture, tout ceci sur fond musical. partage de la musique

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Nouvelle

Requiem for a Dream



 Bascule un soir d'Oh-Rage


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Avant-dernier fragment, le Septième

C’est à l’âge de sept ans que l’oh-rage s’empara de moi la première fois. Solitaire, je passais tout mon temps dehors, comme mes parents. Ils vivaient au rythme des saisons, du souffle de la terre. Leurs respirations s’accordaient aux battements du cœur des profondeurs du sol et des atermoiements des cieux. Père sondait l’esprit des dieux, se concentrait sur les mélodies du vent, scrutait les ondes du clair obscur et prévoyait ainsi l’humeur du lendemain.

 

En dehors de l’école je devenais explorateur de la nature, tous mes sens en éveil, reconnaissant les bruits, leurs sources, leurs significations. Je connaissais la lande, les sous- bois, tous les abords de la rivière où chaque aspérité du sol portait mes pas. Mes frères préféraient les chantiers sur le versant Est, la Carrière de L’Irguane. Parfois j’allais les observer, sans me faire voir. Attroupement de grands jouant aux terreurs. Ils s’invectivaient du haut de leurs 13 ans, transportés par leurs rêves héroïques, les légendes de combats d’un autre temps. Ils riaient aussi, souvent, entre sarcasme et joie innocente. Quand la nuit frappait leurs regards, le tourbillon de leur vitalité les emportait dans des duels loyaux, à mains nues. Quelques rigoles de sang qu’ils léchaient pour continuer, des bulles de sueur sur les tempes, leurs corps projetés dans la poussière rosée de la carrière, encouragés par les applaudissements  qui condensaient la scène dans une lutte enfantine mais bien réelle. Jamais une fille et pas de petit. Quand de loin un regard réprobateur me croisait, je décampais… Je retournais sur le versant Ouest là où les silhouettes des hommes des champs se profilaient tantôt courbés, tantôt droit comme des i.

 

En fin d’après-midi, rituel sous le ciel clément : je m’asseyais au pied du saule pour lire, faire mes devoirs où me laisser guider par mes rêveries. Et c’est tardivement que nous nous retrouvions pour le diner du soir. Les parents harassés ne parlaient pas, les frères minaudaient entre eux et moi j’observais.

*

Je m’étais endormi. Réveillé par le cliquetis des gouttes de pluie naviguant sur ma nuque, un chapelet de cumulus massés à l’horizon avançait sur moi. Cette forme opaque amplifiait, menaçante. La pluie se faisait plus dense. Un rideau de gouttelettes brouillait ma vue. Je m’en coquillais, les genoux ramenés sur la poitrine, ramassé au plus près du tronc, figé, lové, tendu, dans l’espoir d’une accalmie. Au loin de fragiles trouées d’une faible lumière grisée combattaient pour iriser le voile funeste, au dessus de moi. Captivé par les zébrures célestes et  les coups de tonnerre qui résonnaient dans la vallée à intervalle rapprochés, serein, grelottant, je n’avais pas peur mais froid.

Quelle heure était-il ? 20H ? Qu’est ce qu’il attend l’ainé pour venir me chercher avec sa lampe torche ? La nuit noire, tonitruante, rageuse m’avait capturé, moi, le p’tit Louis, seul dans les ténèbres… 

 

-Eh Louis. Réveille toi…T’es trempé…gelé. Allez viens, j’en ai marre de toujours venir te chercher. Oh ! Eh ! Allez lève toi…Merde …Eh Louis ! tu respires, allez ouvre les yeux.

- Le p’tit il se réveille pas. Il est gelé. Aides moi on va le mettre près du feu. Du lait chaud.

 

Ce coup de foudre m’avait traversé quelques secondes. Fatal. Durant quelques jours je fus plongé dans le noir, mes sens tout engourdi.  Cinq jours plus tard je retournais à l’école, la vision un peu trouble, la main brûlée et une cicatrice intérieure, invisible mais bien là. Je n’en dis rien.  Mes pensées se cognaient les unes aux autres dans un désaccord troublant. J’avais perdu le fil. Ponctuée de flash lumineux, aveuglants, mon attention s’échappait sans cesse. Ma seule issue pour fléchir ce chaos interne, me concentrer sur des lignes, des contours, des images. Tracer, dessiner, laisser ma main se délier, mon esprit se dénouer au moins pour un moment.

Les miens avaient inculpé le destin, puis s’en était remis à lui. J’étais indemne. Leur frayeur amadouée par ma vitalité retrouvée la famille ne se doutait de rien.  

 

- Il s’en est bien sorti le p’tit…Cela le rendra plus fort.

 

Je continuerai à grandir à peu près comme tout le monde. Les soirs d’oh-rage, seuls m’envoûtaient. Terrifié, je m’immobilisais. En exil au sous-sol, réfugié sous ma couverture, je comprimais en vain mes tremblements, je surfais sur la vague de mes pensées pour éviter les ténèbres, je priais l’aube de rappliquer.

Devenu grand, réconcilié avec mes fantômes, mes tremblements mués en frissons, les soirs d’orage je revenais de mon exil, comme si de rien n’était.

 

*

Cet écho raviva le trauma. Bruit sourd dans la nuit noire. Les trombes de pluie tapaient au carreau. Le feu crépitait. La rage de l’aîné figurait le ciel qui hurlait. Fatale.  Cette nuit serait funeste, sans concession, irrévocable.

 

Je n’y suis pour rien.

Je n’ai rien fait, je suis juste venu leur rendre visite

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