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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 10:21

 

 

 

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J'ai pa(e)nsé ma tristesse en allant voir le film d'Eric Toledano,   Intouchables.

"A la suite d’un accident de para pente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison.  Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… Intouchables."

 

L'interprétation de tous les acteurs, particulièrement de F.Cluzet et Omar Sy est exceptionnelle, tout en finesse, humour, émotion. F.Cluzet incarne l' émotion  retenue, qui s'échappe d'un corps "mort", indolore. Omar est aussi touchant et attachant sous ses humeurs drôles que ses états d'âme d'une tristesse passagère. Une grâce d'émotions, de sentiments, d'humanité, de rires, ce film est une trampoline vitale pour rebondir quoi qu'il arrive... 

Bon film

LN


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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 20:25

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Ou Un cochon à l'épreuve d'une  réconciliation ...


Premier film de  Sylvain Estibal, écrivain et journaliste français, l'histoire est celle d'un pêcheur gazaoui, qui récupère dans ses filets un cochon, animal jugé impur tant pour les musulmans que pour les juifs. Comment Jaffar, le pêcheur, va-t-il s'en débarrasser ou en tirer profit?


Utilisé comme métaphore le cochon est l'intrus, celui qui n'a  sa place nulle part, qui encombre,  grogne, réclame. Drôle,  burlesque, sans prendre parti, le réalisateur distille progressivement des touches de réflexion sur le conflit israélo-palestinien, en mettant en relief les impasses, les forces en présence des deux camps.  L'écart que tente le réalisateur entre la farce tragique et les messages profonds sur ce conflit cristallisé n'est pas toujours réussi. Le comique est parfois un peu lourd mais le ton général permet d'aborder  les tracas de la vie quotidienne des protagonistes, sans en faire  un débat passionnel. L'auteur réussit à s'appuyer sur les ressemblances plutôt que les différences des deux peuples, comme s'il était possible de les réunir, pour "vivre ensemble".  Le film se termine sur une note  naïve qui désagrège un peu l'habile composition burlesque et tragique.

 

Pour passer un moment divertissant sur fond de message, humaniste,  pacifiste.

Bon film

LN

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 15:59

  polisse-horz

 

 

Troisième film de Maïwenn, Polisse aborde un sujet très délicat, la maltraitance sur enfants: abus sexuels, viol, inceste, pédophilie, mendicité organisée de mineurs...

 

Le film n'est pas  un documentaire  . Il ne s'agit pas de nous donner à voir des situations réelles mais de nous immerger dans les émotions, la sidération, le sentiment d'impuissance des professionnels, leur ténacité à ne pas lâcher, à se confronter aux procédures, aux magouilles politiques.

La réalisatrice réussit un exercice diffcile, avec  une intensité et une énergie de la première à la dernière image.  Funambules sur le fil de l'impensable, l'insupportable, les personnages (policiers de la Brigade de Protection des Mineurs) oscillent entre  la dérision, la tendresse, l'humour, la solidarité, le soutien, la colère, l'attention, la vigilance à ne pas perdre le fil de leur mission, la protection- presque à tout prix- des enfants.

On rit, on s'émeut, on pleure, on ne peut plus penser, on espère, on désespère...

 

La vie du groupe  se dévale sur la pente de leurs doutes, d'eux mêmes, de leur propre existence. Chevillés à leurs résonances intérieures, ébranlés par tout ça, ils se perdent dans leur vie intime, s'agrippent au réseau,  se rattrapent à leur mission de protection.


Maïwenn, réalisatrice est aussi la photographe, l'intruse qui regarde sans mot dire, encombrante, elle deviendra celle qui protège chacun de ses propres fantômes...

 

De très beaux plans, la lumière, le cadrage, en font un film de qualité. Les critiques ont tous salué la performance d'acteur de Joey Starr, j'y ajouterai la justesse de tous les acteurs. Chacun est indispensable à l'ensemble. 

 

Bon film

LN

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 20:49

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Dernier film de Nanni Moretti, Habemus Papam nous emmène derrière le rideau rouge des coulisses du Vatican. Fort du mystère qui entoure cet univers, peu à peu l'enveloppe immaculée du divin révèle des hommes. Les cardinaux y retrouvent leur humanité. Habemus Papam est une locution latine séculaire qui signifie « Nous avons un pape ». Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d'élire son successeur.  

 

Michel Piccoli, élu par la communauté, a une crise de foi. Il doute... Cette indécision assumée, revendiquée par le Pape, fait vaciller le socle de l'ordre papal, en fait une sorte de film-catastrophe sans objet. A l'intérieur du Vatican, tout bascule.  Tandis que le pape s'éclipse, s'égare, se perd, les cardinaux font récréation, jouent au ballon. Dans le monde extérieur, l'attente figée de la foule n'est que consternation. Le Pape pour réfléchir à ses  nouvelles responsabilités s'accorde une brève retraite. Jusqu'en  1903, le nouveau pape élu passait un temps dans une pièce appelée “la salle des larmes”.

 

Le film tient l'équilibre entre  comédie et réflexion sur le pouvoir, la psychanalyse, l'Église,  la liberté individuelle, l'engagement, la vocation. Michel Piccoli m'inspire  une ode à la liberté individuelle. On pourrait penser à un rôle de composition. Qui d'autre pourrait composer ce personnage émouvant, sensible, d'une finesse mélancolique face à sa vulnérabilité retrouvée.   

Nanni Moretti, en psychanalyste, navigue entre l'ordre ecclésiastique et la bonhomie des cardinaux qu'il va libérer ponctuellement.

 

J' ai pris un certain  plaisir tranquille à me laisser porter par ce film, plein d'inattendus.


LN

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 21:43

De_Bon_Matin_-_film_de_Jean-Marc_Moutout.jpg

 

Ce film  franco-belge de Jean-Marc Moutout, est porté par Jean-Pierre Darroussin. Cadre dans une banque, fidèle à sa morale, et à  son éthique, il commet un acte irréparable, pour dénoncer comment le système auquel il a adhéré,  broie ceux qui le servent. Reflet de notre société d'aujourd'hui, souffrance au travail, pression contingente à l'environnement économique mondial,  résultat d'un système de management dans les entreprises, le système relationnel  de l'entreprise rompt avec le sentiment d'appartenance à un collectif de travail, autour de valeurs partagées, fondatrices d'une organisation. Chacun est renvoyé à sa propre morale individuelle,  et ses choix éthiques.  Un ami, cadre dans une banque dans les années 60, m'a assuré que la pression, la mise à l'écart des "gêneurs" existait déjà, mais de façon plus exceptionnelle.

 

Le film a l'intérêt d'interroger son propre rapport au travail, ce qu'il représente pour soi, et quelle en est la reconnaissance attendue des autres. Quand la reconnaissance est  brutalement et soudainement  remise en cause, que reste-t-il de cet investissement à l'entreprise, parfois jusqu'au dévouement. Le film déroule l'effondrement psychique du personnage.  Le passage à l'acte, le "nettoyage" des arrogants va le délivrer de sa propre souffrance. Le film montre bien ce basculement qui signifie  l'affirmation de sa propre éthique, sa dignité retrouvée et qui s'impose au personnage, comme une évidence.

 

Sujet intéressant mais qui manque d'épaisseur. Non pas dans le personnage principal que Darroussin incarne avec conviction mais  les autres personnages, collègues et proches, restent fades.

Un film français intimiste bien réalisé mais sans surprise, avec une gravité un peu étouffante. Aucune pointe d'humour ni d'émotion...Dommage!

LN

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 08:30

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Je rejoins l'enthousiasme des critiques, unanimes pour le film Drive. Adaptation d'un livre de James Sallis, réalisé par le  danois Nicolas Winding Refn et porté à l'écran par Ryan Gosling, l'acteur principal, le film est identifié comme une "série B". Certes à première vue, il en contient tous les ingrédients : règlements de compte sanglants entre la mafia et la pègre, courses poursuite dans Los Angeles, "A human being but a real héro", le justicier pour défendre "la veuve et l'orphelin".  L'intérêt du film, sa force d'attraction est la capacité du réalisateur de rompre avec ces clichés. Il les transforme, leur donne de l'épaisseur et aboutit à un film de première classe.

 

Les dialogues épurés se font discrets pour une musique toujours en accord avec le visuel. La lumière, la qualité de la photographie m'ont rapidement captivée.  Les plans fixes sur les visages illuminent les moindres rictus d'émotions: de la rage féroce à la grâce d'un sourire fragile, la gravité d'un regard autant que les  yeux pétillants d'un attachement naissant.

Ryan Gosling, me fait penser à James Dean. Une "gueule d'ange", une fausse tranquillité qui masque une tension intérieure, une résignation à la monotonie du quotidien, une indépendance affichée. Mutique, solitaire, avec un  "flegme animal", il déambule dans une existence réglée. Si une  rencontre inattendue, presque magique, l'extrait  de son univers noir, ce n'est que provisoire. La  rencontre de cette jeune femme aux attitudes encore enfantines le révèle à lui même, dévoile la face cachée d'une tendresse authentique.  Mais pour protéger  Irène et son fils et  croire  en  l'image intouchable du bonheur tranquille, le héros va plonger  dans  une folie meurtrière, mettre à nu sa violence refoulée. A suivre...

 

J'ai beaucoup aimé ce film, pas seulement comme un divertissement mais pour un "je ne sais quoi" dont je garde encore le goût...celui du 7ème art, forme narrative sublimant nos cinq sens: regardez ces plans lumière, écoutez cette musique, goûtez aux émotions  kaléidoscopes, effleurez leur rencontre, humez le parfum candide du couple inachevé...

 

 Bon film et osez votre  commentaire

LN

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 21:48

Nils-Udo essaie de percer les secrets de la nature, de rendre visible à nos yeux l'invisible.

"Ce n'est que dans ses ultimes refuges qu'elle [la nature ] est encore intacte, inépuisable, écrit-il. là seulement, la sensation et l'enchantement sont encore réalité, à chaque instant, en toutes saisons, en tout temps, dans le plus petit comme dans le plus grand.Toujours...".

Extrait du catalogue Nils-Udo Nature. 2011

 

 Nils-Udo a participé à ce spot publicitaire pour un parfum Guerlain.

 

Quelques Photos...

 

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 17:04

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 Je vous invite à vous chatouiller l'âme devant une oeuvre qui rend hommage à la vivacité de la nature, à rêvasser devant ces univers imaginaires, composés d'éléments naturels. Cette exposition inaugura  peut être, lors de votre prochaine balade, votre première composition Land ART, à l'orée de l'automne: bouts de bois, feuillages, marrons, mousse...

 

J'ai découvert Nils Udo, créateur d'installations, peintre, photographe,  en feuilletant un livre sur le Land Art. Surprise de ces petits arrangements avec la nature, à l'opposé de l'artificiel des créations artistiques habituelles, j'ai guetté  au cours de mes  parties de campagne, des oeuvres inspirées de cette forme d'art, qui s'élabore dans et sur la nature, à partir de matériaux naturels.

 C'est avec un plaisir solitaire que je suis allée voir l'exposition*  link , au Musée de la poste, qui regroupe environ 65 oeuvres  de l'artiste : photographies d'installations, encres de chine et peintures. Le Land Art est, par essence, soumis à l'érosion du temps et du climat. La photographie est le seul moyen pour garder une  trace  de ces installations.

 

 Nils Udo se démarque de ce courant, apparu aux États Unis vers 1967, en choisissant de travailler avec des matériaux fragiles, trouvés exclusivement sur place. Il les arrange, les compose, au gré de ses résonances au paysage. La nature a toujours été sa seule source d'inspiration.  Chacune de ses installations respecte la symphonie alentour. Nils Udo rajoute une note à la partition lyrique de la nature, comme un point d'orgue,  un éclat à la beauté du paysage. Un arrangement, un rapprochement entre les éléments naturels qui pourraient être l'oeuvre  des  Dieux...Ces installations si tranquilles, posées sans bruit,  accordent l'éloge  de l'éphémère au cycle de la vie, toujours renouvelée.  

 


Nils Udo a démarré sa carrière par la peinture qu'il a repris depuis 2004. En continuité de ces installations, ses toiles consacrent la nature, dans une explosion de couleurs  vives, parfois acidulées, vibrantes d'une lumière éclatante. Une simplification des formes , une épuration des lignes, me fait penser à une oeuvre d'inspiration psychédélique, comme un voyage onirique dans des paysages originels, réinventés.



Plus sensible et fascinée par les installations,  devant ces compositions de cellules  végétales, j'ai entendu la poésie du vent dans les roseaux, senti la brise qui caresse l'eau sans la froisser, reconnu le crissement des pas dans la neige, humé les senteurs de l'écorce des arbres aromatisés au parfum des clochettes, contemplé le brûlé du volcan accueillant ces plumes, fleurs orangées, comme parure à la désolation de son dénuement. 


Cette pause de poésie a chatouillé mon âme, par l'évocation de la fragilité et la grâce de ce qui nous entoure. Ouvrons les yeux!!!!

Bonne visite!

LN

 

 

*L'exposition a lieu jusqu'au 1er Octobre 2011.


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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 18:06

15 Septembre 2011.

Concert à La Flèche d’or, une salle de café-concert dans le 20ème, dont la façade délabrée offre un contraste saisissant avec la nouvelle et rutilante bibliothèque Marguerite Duras, située presqu’en face. Nous venons pour voir un groupe australien, The Jézabels.

J’avais le souvenir d’une ambiance un peu déjantée, un lieu alternatif, une ancienne gare avec une véranda donnant sur les rails infinis, abandonnés, qui ceinturent la capitale. Tags, vélos rouillés accrochés à la ferronnerie d’un escalier, qui semble cuivré par le temps et où plus aucun pas ne frôle les marches recouvertes d’une verdure affriolante.


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En attendant que le concert démarre, nous goûtons aux rares places assises sur les fauteuils rouges. Je sens que l’heure ici est aléatoire, comme indiquée sur la belle pendule, les aiguilles ne sont nulles parts. Nous écoutons les accents anglo-saxons autour de nous. Les p’tites anglaises sont habillées comme des « sacs », ou des p’tites filles au col Claudine… OUHHH et les hommes… so British.

 

 

YOU & YOU


Groupe inconnu pour nous. Dès les premières notes, je suis captée par la voix de Félix (son p’tit nom, depuis on a fait connaissance ). Bel homme, sensuel par sa voix, sa présence, sur un fond mélodique dynamique, très harmonieux. Le quatuor français qui chante en anglais, se produit sur scène depuis 2008, avec un premier CD sorti ce jour. A découvrir d’urgence. Je suis conquise par la façon dont le groupe est en phase avec le public, les vibrations circulent de la scène à la salle. Quelques mots échangés, des regards intenses, une présence contagieuse.

 

 

 

SHE KEEPS BEES


Alors là, le bazar sur scène. Les réglages ne sont jamais définitifs, une corde cassée se remarque à peine. Deux guitaristes, dont la chanteuse et un batteur. Un patchwork-pudding sonore indigeste, d’autant plus qu’il n’y a pas de bassiste pour les relier entre eux. Groupe anglais, sans regard pour la salle, tourné latéralement au public, les échanges se font exclusivement sur la scène. Je pense à Patti Smith et Suzanne Véga dans la voix et parfois le son du groupe, mais sans nouveauté ou créativité.

 


 

THE JEZABELS


Durant la pause, nous sommes allés parler avec le batteur, qui vend des CD et des tee-shirts du groupe, dans un coin de la salle. Nous avons connu ce groupe par la vidéo de Danny MacAskill, rider BMX funambule, déjà publiée sur ce blog ( Take a cycle on the wild side). Nik l’australien, nous confirme que l’Europe est venue en masse vers leur musique, grâce à cette vidéo. La magie du net...

Collés à la scène, le set démarre par notre morceau préféré « A Little Piece ». La chanteuse, toute de noir vêtue, fascine autant par une sensualité féline, qu’une froideur inaccessible. Les hommes l’interpellent, le crapaud exulte. Sa voix extraordinaire ondule, tournoie, comme une tornade, qui tourbillonne au dessus d’elle. Le regard perdu dans l’ailleurs de son intériorité, le public attrape une étoile sonore filante, échappée de la scène. Chacun des musiciens est concentré, aucun échange entre eux. Aucune expression de joie. L’appréhension de jouer bientôt dans la cour des grands ? Concert magnifique mais qui se terminera sans véritable échange avec nous, premiers messagers pour répandre leur musique.


 

The Jezabels - Copie

 

Un bouquet de trois concerts très différents. Nous avons fini par le délice d’un mojito, surchauffés par cette soirée délicieuse.


Même sans pullman, la Flèche d’Or fait toujours voyager...


LN & Charlie

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:18

 

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Il y a 15 mois, j’ai mis mes pieds dans des chaussures ailées, alliées… des Mitzuno.

Je ne pensais pas que cela m’amènerait à ce qui va suivre.

Mitzuno, joli nom qui m’évoque les personnages de dessin animé de Hayao Miyazaki, une touche de magie enfantine où tout est possible. L’illusion d’avoir un moteur dans ses baskets. Je les chausse et instantanément je saurai courir, une joggeuse confirmée, moi qui suis par ailleurs dans une pratique sportive très régulière, de longue date.

Courir c’est aussi partager avec mon amour-coach un corps à corps, dans le souffle, la sueur, l’effort, et le plaisir du réconfort. Pulsée par une énergie tandem, propulsée vers l’horizon, accordant mes foulées au rythme des siennes, puis tapant la mesure sans métronome je retrouve son La.

 Extraite des mouvements d’alentour, les yeux rivés sur le déroulé du sol, mon unique point de fixité, je redeviens un élément de la Terre. L’esprit dans les talons, la pensée s’arrime à mon souffle.

 

Le Souffle, je l’ai trituré, cherché, interrogé son mécanisme. J’ai expérimenté 2 inspirations pour 3 expirations. Puis 2 sur 2, revenue à 2 sur 3, me voilà stabilisée sur 2/2. « La respiration ça se fait tout seul, n’y pense pas… » . Mais je ne fais que ça d’y penser. Je sue, je m’essouffle. Je me concentre. « Normalement on doit pouvoir parler en courant… » . Une fois, une seulement, j’ai testé. Je me suis donc mise à parler toute seule pendant mon entrainement, en solitaire… sur quelques pas. Ridicule, je me suis sentie. La rencontre avec mon souffle m’a convaincue d’arrêter de fumer, soutenue par une décision tandémique… Jusqu’ici tout va bien. Devenue addict au sport pour combler le manque…

 

20 minutes, puis 30, 40, parfois 1H05. Mes progrès sont laborieux, en décalage de mes efforts. Quelle énergie dépensée. A chaque tour, en aquaboniste, l’idée de l’abandon s’immisçait sur mon inspiration, expulsée après quelques expirations.

J’ai pu penser que je n’étais pas faite pour la course. Des progrès trop lents, le sentiment de stagner, régresser. Puis un palier atteint me détourne de l’abandon: mes foulées s’améliorent, plus toniques, mon souffle se stabilise. Je suis toujours couleur tomate à l’arrivée, mais je récupère plus vite.

 

Coachée, bichonnée, encouragée, j’ai donc participé à la course La Parisienne de 6,6 kms. Seule parmi 28 000 participantes, pour le 15ème anniversaire de cette course au profit de la recherche pour le Cancer du sein. Un circuit entre le pont d’Iéna et le Champ de mars.

Après 2 heures d’attente où notre vague s’écume de rage, nos corps refroidis par la pluie qui a aussi attendu 2 heures avant de s’ébrouer, nous nous échauffons. Courir contre vents et marées. La pluie s’égrène sur mes bras et mes jambes nus, je me pousse contre le vent qui me repousse. Je me réchauffe. Je cours sans penser, m’abreuvant de Paris qui défile. Sur les cotés des cordons de silhouettes souriantes, scandent des encouragements, des prénoms, des « Allez les filles ». Des enfants, sous leur parapluie, érigent fièrement des banderoles « Bravo maman ».

Je cherche de temps en temps mon amour, une casquette sous la pluie… Trop de monde. Je décide d’attraper au vol  tous ces encouragements et les rythmes des fanfares qui me boostent.

 

3 km. Déception. La distance parcourue ne représente que la moitié du parcours. Soigner sa monture. Ne pas m’emballer. Je repère une joggeuse juste devant moi, depuis un moment, même rythme, elle devient mon point de repère. Je ralentis pour m’assurer de tenir, finir la course. Déjà certaines troquent la course contre la marche.

Je transporte toujours mes personnages internes qui me chuchotent, me guident, me rassurent selon les situations. Et là j’entends sa voix « Allez tire sur tes muscles, allonge tes foulées… ».

 

Ravitaillement. Un verre d’eau, je le prends inutilement. Il faut choisir, boire ou courir. Une montée à la sortie du pont de l’Alma. J’accélère : la technique du crapaud et de la grenouille pour ne pas se laisser absorber par le sol. Décoller pour ne pas caler. En un éclair passe la princesse Diana. 4 km. Un virage, la courbe relance mon élan. J’aperçois le pont, le Trocadéro, le Champ de mars. 5 km. J’alterne un ralentissement pour être sure de finir le parcours, puis j’accélère pour arriver plus vite. Le portique de l’arrivée se profile, je mets le turbo. En surchauffe, dans un dernier effort, je franchis la ligne en levant les bras au ciel, exultant de joie, puis je suis le mouvement... en marchant.

41 minutes et 34 secondes

Ce dimanche 11 septembre, comme dit Charlie, une course pour la vie contre la barbarie de la mort

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  • : Au gré de mes états d'âme j'écris des nouvelles en épisode, des haïkus, des phrasés. J'expose mes tableaux, je vous fais partager mes impression sur les films, les expositions, les livres et j'organise des concours de jeux d'écriture, tout ceci sur fond musical. partage de la musique
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