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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 09:00

    wajda 0

 

Première femme réalisatrice d'Arabie Saoudite, Haïfa Al Mansour présente « Wadjda », son premier long-métrage, entièrement tourné à Riyadh, dans un pays depuis les années 70 les salles de cinéma publiques sont interdites. Haïfa Al Mansour s’était déjà faite remarquer avec plusieurs courts-métrages et un documentaire primé, « Women Without Shadows ».

 

La réalisatrice dénonce les tabous, l'intolérance, les codes moraux, religieux et sociaux qui entourent la vie des femmes saoudiennes. Le film insiste sur les conditions difficiles des classes défavorisés de l’Arabie Saoudite. Il permet de briser le silence et de mettre en perspective le point de vue de la mère  confrontée à l'abandon de son mari pour prendre une coépouse, l'effondrement de ses aspirations à une vie heureuse, et celui  d'une enfant de 12 ans qui ressent ces codes comme une entrave à la liberté de pensée, à son énergie espiègle. Wajda est une petite fille intrépide, au caractère rebelle qui rêve de posséder une bicyclette alors même que les femmes n’ont pas le droit de conduire seules.


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Avec ses baskets, son voile mal ajusté et son abaya dévoilant son jean, Wajda tente d'échapper au carcan des traditions et au strict règlement de son école de filles, lieu d'enfermement, de type carcéral.  « Wajda est peut-être un film sur les femmes, concède-t-elle, mais je ne l’ai pas pensé ainsi au départ. Je voulais faire un film sur les choses que je connais et que j’ai vécues. Il était important pour moi que les hommes du film ne soient pas des caricatures(…) Dans mon film, les hommes et les femmes sont embarqués dans le même bateau ».

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Pour la cinéaste saoudienne, il ne s’agit pas de révolte mais de révolution intérieure. « Tout commence par soi, précise-t-elle, comme si elle voulait bien expliquer son intention. Un travail qu’on effectue sur soi-même pour devenir une meilleure personne. D’ailleurs, je n’aime pas les mots trop ronflants et tonitruants qui parlent de liberté. Ils ont tendance à souvent sonner creux de nos jours. »

En effet, Haïfa al-Mansour ne veut pas  choquer. « Je respecte les codes et les règles de ma société, mais pas au point de m’y fondre et de m’annihiler. D’ailleurs, en choisissant mes personnages, je tenais à ce qu'ils soient du tissu organique de la société et non isolés et loin de la réalité. » De la maman, interprétée par Reem Abdallah, à la petite Wajda (Waad Mohammad), ce sont les différents profils de la femme qui y sont représentés. « Il est important que la femme ait foi dans sa propre personne pour pouvoir s’imposer », dit la cinéaste.

 

La réalisatrice a étudié la littérature à l’Université américaine du Caire et le cinéma à Sydney, mais c’est en plein cœur de Riyadh qu’elle a souhaité filmer l’intégralité de son oeuvre, s’ajoutant ainsi à une courte liste de réalisateurs ayant eu l’audace ou l’autorisation de tourner des fictions en Arabie Saoudite. Une « aventure », de l’aveu même de la cinéaste : « Je devais régulièrement courir pour me cacher dans le camion de la production dans les quartiers les plus conservateurs, où les gens auraient pu désapprouver qu'une femme réalisatrice travaille ainsi aux côtés des hommes », déclare-t-elle.


Le Muhr du meilleur long métrage arabe lui a été décerné, doublé du prix de la meilleure interprétation féminine pour l’actrice de Wajda, Waad Mohammed. « Depuis mon jeune âge, je m’amuse à faire des films avec une bande de copains. J’ai toujours aimé le cinéma et mon père ne m’interdisait pas d’en voir. Ainsi, quand j’en ai eu l’occasion, j’ai réalisé un premier court-métrage et l’ai envoyé aux Émirats qui l’ont bien accueilli. Ceci m’a confortée dans mon choix et m’a encouragée à poursuivre cette voie. »

Wajda n’est pas un énième film de révolution. Son ambition n'est pas de moraliser ou prêcher mais exprimer comment un  triomphe sur soi sème les graines du changement.

« La controverse ne me fait pas peur car elle est un phénomène de bonne santé. » "Tourné à la manière des néo réalistes des années 1960, il véhicule, tout comme sa bicyclette (qui devient à son tour un personnage), ces images symboliques qui ont traversé le 7e art, notamment Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica ou Le Gamin à vélo des frères Dardenne, « mais aussi, ajoute la cinéaste, le travail de Jafar Panahi. Je suis fière que mon œuvre ramène à l’esprit toutes ces impressions, car pour moi, ces réalisateurs sont des maîtres ».

 

L'analyse d'un univers social culturel, à travers l'expérience d'une fillette, permet de modifier son regard et de questionner, à la manière de candide, nos représentations, nos propres repères. Je fais le lien avec Hushpuppy, dans Les Bêtes du Sud Sauvages, petite fille de 6 ans qui va par sa perception et sa ténacité redonner aux adultes l'énergie de résistance.

J'ai découvert, sidérée, les rituels, les  codes religieux, la soumission de la femme au pouvoir masculin, lui même enferré par la religion, obscurantisme triomphant. Si je mesure mieux les écarts entre nos sociétés et le poids de la religion, instrument d'aliénation de l'Homme, je suis d'autant plus réactive, intolérante, j'en conviens, aux signes, codes religieux qui tentent de recouvrir d'un  voile noir,  l'horizon de la liberté de pensée, l'émancipation de l'Homme.

 

Ombres noires et silhouettes blanches, une vie en noir et blanc qui reste à colorier...

 

Bon film

LN

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 21:12

Le Génie de la Bastille est un regroupement d'artistes dont je vous ai déjà parlé. Cette exposition à laquelle participe une cinquantaine d'artistes  présente de très petits formats à petits prix. Elle a lieu jusqu'à Dimanche 17 février dans une galerie très belle, 1 rue Francis Picabia 75020 à deux pas du métro Couronnes.

 

J'ai eu du mal à choisir l'une de ces oeuvres, étant pour beaucoup d'entre elles très subtiles. Quand je regarde mon mini génie, je zen en noir et blanc, en lumière  de Chine...

 

Je vous invite à aller y faire un tour,  un détour  sur les univers étranges, doux , féminin ou  plus rugueux, tous avec un beau travail créatif. 


Quelques images pour une mise en bouche 

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Bonne visite, la lumière sera plus belle...

LN

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 17:30

 

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Dorothea Lange- Migrant Mother- Californie, 1936

 

La fondation Henri Cartier-Bresson expose une centaine d'oeuvres d'Howard Greenberg,  collectionneur qui se passionne pour la photographie au début des années 70. Il crée le centre de la photographie de Woodstock, puis sa galerie et complète au gré de sa sensibilité sa collection personnelle. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des piliers de la scène photographique new-yorkaise. Si l’importance de son rôle de marchand est connue de tous, sa passion de collectionneur est  plus confidentielle.


  Deux approches se côtoient dans cette collection plurielle: des images où la lumière et la composition créent l'abstraction; et une approche sociologique où les portraits s'exposent dans l' univers américain du XX ème siècle. 


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Joël Meyerowitz

 

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Dorothea lange- Ceuilleur de cotton saisonnier- Arizona,1940


L’exposition révèle les différents intérêts d’Howard Greenberg, depuis  l’approche esthétique moderne des années 1920-1930 avec des œuvres d’Edward Steichen, Edward Weston ou de l’école tchèque jusqu’aux photographes contemporains tels que Minor White, Harry Callahan et Robert Frank. La photographie humaniste est particulièrement bien représentée avec, entre autres, Lewis Hine et David Seymour. Une importante section est consacrée aux photographes de la Farm Security Administration, témoins de la Grande Dépression des années 1930 tels que Walker Evans, Dorothea Lange. Surtout, la collection montre l’influence de New York dans l’histoire de la photographie du XXe siècle : l’architecture, la vie urbaine sont retranscrites dans les images de Berenice Abbott, Weegee, Leon Levinstein, Lee Friedlander.


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Leon Levinstein-Cinquième avenue-1919


La Fondation Cartier-Bresson est un lieu très agréable, une atmosphère feutrée, chuchotée. Une maison sur trois étages. dont le dernier étage baigné de lumière permet de se poser en feuilletant les catalogues des expositions précédentes.

 

 Bonne visite jusqu'au 28 Avril 2013...

LN

 

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 21:20

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Un film historique, a priori, je ne brigue pas cette catégorie, mais une amie a su me transmettre l'intérêt, la beauté de ce film. J'y suis allée, m'imaginant créer une rupture provisoire avec la réalité, remonter le temps, voyager, rêver d'être ailleurs...

 

J'ignore tout de l'histoire du Danemark, comme vous sans doute,  ce qui a contribué à nourrir mon intérêt pour l'histoire du Danemark au XVIII siècle, celle du roi mais plus singulièrement de son médecin, admirateur des philosophes des Lumières,  et qui va  répandre ces idées humanistes au Danemark. Elles seront vite anéanties par le pouvoir autocratique des notables et du clergé. 


Mads Mikkelsen, acteur phare du Danemark, joue un personnage qui dans l'ombre du Roi, va révolutionner le royaume. Depuis 1660 le Danemark est une monarchie absolue mais le pouvoir est tenu par les notables, le clergé, le roi faisant office de fou, d'idiot.  Nous sommes en 1770 et un médecin allemand arrive à la cour pour soigner le roi, atteint de ce que l'on ne  nomme pas encore schizophrénie. Une relation  d'amitié, de conseil  se tisse rapidement entre les deux hommes. Le médecin devient le seul homme de confiance du Roi ce qui lui permettra d'être porté au pouvoir, d'éditer des lois révolutionnaires: abolition de  la torture, suppression de certains privilèges, liberté de la presse. Il reçoit l'admiration de Voltaire.

Mais le médecin manipule le Roi, utilise cette confiance absolue pour le tromper. Il  devient l'amant de la Reine, ce qui signera sa perte et sa destitution.

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Loin d'être le récit d'une histoire d'amour classique, le film déroule les méandres du pouvoir et ses stratégies. Comment le pouvoir peut pièger l'homme, le détourner de ses idéaux, le contraignant à faire face aux  exigences du peuple, aux complots fomentés par ceux qui se sont vus détrônés. 


En allant voir ce film vous vivrez les arcanes du  pouvoir, une belle histoire d'amour, l'élévation d'une nation sur la base d' idées humanistes,  le destin d'une Reine dans l'arrière cour, délaissée, ranimée par un homme amoureux ,  subtil... 


Tels des tableaux de peintres flamands, les paysages sont baignés par des lumières qui passent du gris-bleuté à une touche solarisée, refléchie sur la neige...Magnifique!

 

Une escapade hivernale au royaume des Lumières...

Bon film

LN

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 12:40

 

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C'était un Dimanche de neige, à New-york la Garenne. Les flocons guirlandent le ciel, le parterre blanc, éblouissant, défie la grise mine des cieux. Deux petites silhouettes emmitouflées jouent sur le parvis, les boules de neige explosent de joie, les gamins se glissent de rire. Pas un bruit ...L'air glacé secoue mes pensées endormies. Couètude ou cinéma...en ce dimanche d'exception, tout blanc.  Cinéma d'abord.

 

Megarama pour un mega film. Grande salle, salle 1. Surprise, nous sommes une grappe dans une salle immense. Habituellement la grande salle, réservée aux  films à succès garanti, est bondée, particulièrement le dimanche en début d'après-midi. Et notre stratégie est de feinter avec les porteurs de pop-corn, fuir ces crissements  sous la dent, qui brisent notre cocon du cinéma rêvé. Ce jour là, c'était royal, grande salle, sans dérangement. 


Dès le générique,  Django, (en manouche " je me réveille") nous a enchaînés à notre siège.

A l'origine Django est un western italien réalisé en 1966   par Sergio Corbucci, auquel Tarantino rend hommage. Considéré alors comme un des westerns les plus violents, la version de  Corbucci ressort actuellement dans les salles.


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Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave. Au travers du lien qui va se nouer entre eux, le film confronte la pensée primitive, archaique des WASP (white Anglo-Saxon Protestant) à celle incarnée par Schultz, façonnée d'intelligence, de sensibilité, d'intégrité. Tarantino revisite l'histoire des Etats-Unis à l'aube de la guerre de sécession, particulièrement, l'organisation politique et sociale des Etats du Sud. Son propos dénonce avec brio l'esclavage, mais il va plus loin. Il nous renvoie à la violence d'Etat, casse le monopole de la violence blanche légitime et met fin à la mythologie raciste qui fait des méchants Indiens les seuls ravisseurs des épouses des gentils cowboys, oubliant les esclaves noirs dans l'arrière-scène des champs de coton. 

 

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Tarantino dérange, il explose tous les codes, brise les monopoles culturels pour se les approprier et en faire un "trouvé-créé " tarantinesque.


Le réalisateur Spike Lee, s'est offusqué à l'idée de voir un blanc filmer un drame noir, l'esclavage servant de toile de fond à un western spaghetti.

 

Django, comme les précédents films de Tarantino ne peuvent faire consensus. Le réalisateur transgresse les frontières des genres, des styles, des mythologies, de l'histoire et crée un objjet insolite, éclectique qui bouleverse nos repères. Son talent consiste à fusionner des styles culturels sans que ne se produise une confusion. La musique du film reflète ce syncrétisme culturel, la musique d'Ennio Morricone précède ou suit sans transition celle des rappeurs Rick Ross ou 2Pac, dans une harmonie étonnante.


"Tarantino passe au mixeur toutes les composantes de sa société  afin d’en finir avec les injustices culturelles, les rancoeurs sociales et les amertumes mémorielles qui la minent. Les méprisés du 7ème art obtiennent enfin leurs lettres de noblesse. Juives dans Inglorious Bastards, noires dans Jackie Brown ou dans Django Unchained, les minorités opprimées  peuvent désormais se livrer à une juste vengeance en traversant les siècles, punir leurs bourreaux et réécrire l'histoire officielle à l’encre sanguinolente de leur frustration séculaire. Les réprimés n’ont plus à subir, impuissants, la violence des groupes dominants : à chacun de prendre son flingue ou de dégainer quelques envolées oratoires bien ciselées pour rétablir la justice, la vérité et son bon droit. Loin d’être des stigmates identitaires, la violence et la parole sont, dans le monde tarantinien, donnés en partage… Ce monde chaotique mais libre et égalitaire, les pionniers américains du XIXème siècle l’ont sans doute rêvé. Quentin Tarantino, lui, n’a de cesse de le mettre à l’écran. " www.zerodeconduite.net

 

Du grand cinéma, sur tous les plans : L'interprétation excellente de tous les acteurs, la construction narrative, l'image somptueuse, tant des paysages que des scènes d' explosion de violence, la musique, la psychologie des personnages dans toute leur complexité, leur ambivalence.

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   Dès la première image, je me suis plongée  dans cet univers, et resortie gonflée d'enthousiasme. Je n'ai aucune réserve sur ce film, même concernant la violence des  scènes de flingues, qui déroulées comme une chorégraphie e

ndiablée, oscillent entre tragédie et dérision.

 

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Tarantinesque, certes ce film l'est...


LN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 22:00

Me voici en cette journée très hivernale au Musée Jacquemart-André pour un voyage avec  deux maîtres de Venise, Canaletto et Guardi. Un éblouissement vénitien pour une amoureuse de Venise et une passionnée de Venise. 

 

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Canaletto


"De tous les védutistes qui s'attachent à immortaliser Venise, Canaletto et Guardi s'imposent comme les deux figures majeures. Le premier établit avec brio les règles d'un genre que le second reprendra en leur imprimant son propre style. Lorsque l'un disparaît de la scène vénitienne, l'autre se révèle, plus émule que rival." Connaissance des Arts 


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Guardi


L'exposition est conçue comme une mise en miroir des oeuvres des deux peintres, une étude comparative où il n'est pas toujours évident de distinguer de qui Canaletto ou Guardi est l'auteur du tableau. 

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Canaletto

 

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Guardi

 

Deux  genres sont distingués,  la veduta et le capriccio.

La veduta est un thème figurant des vues de la vie quotidienne à Venise. Conçues comme des cartes postales, elles sont destinées à rappeler des moments heureux  aux aristocrates anglais qui venaient au 18ème siècle faire le Grand Tour, celui de Europe où Venise, au même titre que Florence , Rome ou Naples est incontournable.  Venise, à cetet époque,  vit un déclin économique et politique, conjugué, paradoxalement, à un grand rayonnement culturel.

 

Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768) est un peintre d'origine hollandaise. Canaletto a un goût pour les détails, une grande attention à la composition et un sens de la perspective qui donne une profondeur soutenue à ses toiles. La place Saint- Marc, lieu emblématique de la ville sera un de ses sujets favoris.

 

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Canaletto

Francesco Guardi (1712-1793) reprend des effets de clair obscur et des tonalités brunes inspirées des oeuvres de jeunesse de son maître. Il affirme plus de liberté, initiant de nouveaux modes d'expression. Les cieux se font plus sombres, les personnages et embarcations prennent plus d'importance dans la composition. Il utilise des contrastes lumineux, une palette chatoyante et développe un  goût des effets atmosphériques. En cherchant à capter la vibration de la lumière et ses reflets sur les façades, il déforme le réel pour figurer une Venise rêvée. Contemplative devant ses tableaux, je suis fascinée par cette luminosité rosée aux reflets d'argents qui donne une atmosphère veloutée. Il s'agit pour lui moins de décrire Venise que de magnifier l'étendue du ciel dominant les eux mouvantes de la lagune, un de ses thèmes préférés. 

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Guardi


 Canaletto et Guardi vont développer un goût pour le capriccio , appelé caprice,  un nouveau genre dans lequel un lieu est orné d'édifices imaginés, conférant au peintre  la liberté d'esprit et la fantaisie propres à  l'art  baroque. 


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Canaletto

 

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Guardi

 Au 19ème c'est par les yeux de Canaletto et Guardi que les écrivains et peintres voient Venise. Les oeuvres de Guardi, Bellotto (neveu de Canaletto),   seront jusqu'à la fin du 19ème  vendues et répertoriées sous le nom de Canaletto. 

 


J'ai retrouvé la magie,  ressentie dans les bras lagunaires de la Sérénissime. Je me suis régalée, de ce détour  en gondole, sous une lumière douce, feutrée et rosée. Un moment magique comme mes séjours vénitiens...


Cette exposition se termine Lundi 21 janvier, mais Canaletto à Vensie au Musée Maillol a lieu jusu'au 13 février. Autre possibilité, à l'occasion d'un séjour  Londonien je vous incite à admirer les Canaletto dont la Couronne d'Angleterre  possède la plus importante collection de par le monde.  

 

Au fil d'une gondole...

LN

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 20:40

  HOOPER a coté

 

  La rétrospective, au Grand Palais, des oeuvres du peintre américain Edward Hopper (1882-1967),  est une très belle exposition, qui dévoile la diversité d'oeuvres moins connues, aquarelles, gravures, illustrations.


  J'ai attrapé au vol les dernières places, remises en jeu sur le web. Les grandes expositions parisiennes sont devenues si attractives, si "foulesques"  que j'ai développé une agilité et une allure stratégique pour pouvoir, malgré la foule, contempler l'oeuvre exposée. M'y fondre, cela devient impossible par le bruit, le son déformé des audio guides, l'agglomérat des spectateurs statufiés, pendus aux lèvres du conférencier qui émet un son inaudible pour les électrons libres, comme moi. Au musée le savoir ne se partage pas, il se paye ou s'en-vole.

Rusée comme une grenouille, je pénètre dans la première salle où la biographie du peintre couvre le mur. Je prends les tableaux à contre-courant, mon parcours est aléatoire, contournant les grappes de gens, agglutinés. 


 Ce qui me fascine chez Hopper, c'est qu'il part du réel pour mieux le dépasser. Il confère au réel un effet d'imaginaire. Les détails sont réalistes, mais l'ensemble ne l'est pas. Le peintre représente une ambiance qui apparaît typiquement américaine mais qui se révèle universelle dans les aspects de la vie moderne et de ses ruptures. Il pose sur le monde un regard aigu en peignant le tragique du quotidien, met à nu le grotesque de la condition humaine. Il dénonce  l'uniformisation de la société Américaine  des années 20,   l'aliénation de l'homme sous l'effet du divertissement généralisé, la banalisation de la consommation effrénée, l'étourdissement de l'individu, toujours en tension dans un monde suspendu, celui de l'attente. Les personnages sont seuls, même en présence de l'autre. Leurs regards se perdent dans le lointain, se croisent  sans se rencontrer. J'entends ce commentaire: " Il n'y a aucune connexion entre les gens. Chacun est entouré de vide". Les décors  se ressemblent: chambres d'hôtels, bureaux, maisons. Les intérieurs sont dénués d'âme, ternes.

 


  Son regard porté sur les paysages nous amène à l'expérience de la frontière, la rencontre de l'homme et de la nature à la limite de la civilisation.    

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Lighthouse Hill - 1927

 

"Le mythe du parcours sans entraves de l'espace libre de la nature se mue en raidissement et perte de l'orientation ou est traversé par un symbole de la civilisation, passage à niveaux, rues, station essence..." (Hopper, éditions Taschen, Rolf G.Renner).


essence

Gas-1940

 

  Hopper écrit "[...]Mon but en peignant est toujours d'utiliser la nature comme un intermédiaire, de m'efforcer de capter sur la toile mes réactions les plus intimes face à l'objet tel qu'il apparaît quand je l'aime au plus fort. [...] Dans l'évolution de chaque artiste on retrouve toujours le plan de l'oeuvre tardif, dès ses débuts. Le noyau autour duquel  l'artiste bâtit son oeuvre, c'est lui même; c'est le moi central, la personnalité, peu importe comment on la désigne et elle se modifie peu de la naissance à la mort. Ce que l'artiste a été il l'est toujours avec de légères modifications."

 

 

 

  Deux gravures magnifiques d'Hopper, inondées de lumière, par le travail de l'intensité et de l'orientation du trait.


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Night Shadows 1921

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  The cat boat - 1922

 

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Sun in an empty room - 1963

 

Et pour conclure, en hommage aux artistes, une phrase d'Augusto Boal (1931-2009), brésilien, écrivain, metteur en scène, fondateur du Théatre de l'opprimé :

" L'artiste est celui qui voit ce qui saute aux yeux et que les autres ne voient pas."

 

Si vous aimez Hopper, et surtout pour ceux qui ont manqué ce rendez-vous,  je vous conseille le petit catalogue de l'exposition, format italien, très  bien composé.

 

Bonne visite

 

LN

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 11:28

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Je vous ai déjà parlé de ce jeune auteur Suisse, Joël Dicker,  dont j'ai fait l'éloge du second roman, "La vérite sur l'affaire harry Quebert", récompensé par le Grand Prix du Roman de l'académie française, et le Prix Goncourt des lycéens 2012. 

 

Comme promis, je poursuis la découverte de cet écrivain dont je viens de terminer le premier roman "Les derniers jours de nos pères", pour lequel il a reçu le Prix des écrivains genevois, en 2010. L'univers est très différent. Plutôt rebutée par les récits de guerre, c'est  avec une certaine réserve que j'ai abordé ce livre, pour finalement y trouver beaucoup de plaisir et d'intérêt.

 

L'action se déroule en 1940, entre Londres et la France.  L'histoire suit les étapes d'entraînement et les expéditions d'un groupe de stagiaires,  qui vont s'engager dans le Special Operation Executive (SOE), une branche des services secrets britanniques,  chargé de mener des actions de sabotage et de renseignements à l'intérieur des lignes ennemies, et dont les membres sont issus des populations locales pour être insoupçonnables. A l'issue d'un entraînement très dur, onze d'entre eux vont être retenus, dont une femme. Les personnages sont très bien situés, dans la description de leur apparence physique, leur caractère, leur personnalité, leurs rapports de fraternité, de rivalités,  leur vision du monde, de la guerre, ainsi que leurs interrogations sur le sens de leur engagement, dont la réponse, unanime du groupe, revient comme un refrain.

 

" Pour que les Hommes restent des Hommes."


La construction, le style, donnent une grande fluidité au récit. L'auteur, avec habileté, tisse l'action, l'intrigue avec des éléments sur l'intériorité de chacun des personnages. On retrouve les figures classiques de héros, de repenti mais l'auteur a su y associer des figures plus originales, plus a-typiques qui donnent une  consistance originale.  La seule femme, Laura, combative comme les autres, mène les attentats avec "élégance". Fédératrice du groupe, elle est  celle auprès de laquelle chacun  vient trouver réconfort. Plusieurs en tombent  amoureux , en secret, et tous veulent la  protéger.

 
La vie de ce petit cercle d'amis, soudés par les épreuves, nous tient en haleine, tout au long du récit. Mes seules réserves concernent le ton des relations Pères-Fils, parfois un peu lyriques, presque simplistes.

 

Un auteur à suivre...

 

Bonne Lecture

LN

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 18:00

 

SAUVAGE

 

"Les Bêtes du sud sauvage" est le premier film du réalisateur américain Benh Zeitlin, avec Quvenzhané Wallis (prononcez Quoivenjané)  dans le rôle de Hushpuppy, petite "caïd" âgée de  6 ans, intrépide, enfant des bayous.


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Cette actrice amateur, retenue parmi 4000 auditions, avait 2ans quand l'ouragan Katrina a dévasté le sud de la Louisiane, noyant plusieurs quartiers de sa ville, Houma, sur le delta du Mississipi.  

 

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Le Bayou, la Louisiane, L'Arche de Noé, le Radeau de la Méduse... Certains citent même en référence Tree of Life, ou encore un conte de fées. J'y vois plutôt la perception d'une petite fille, qui navigue entre le réel et son imaginaire. Les Aurochs, figures mythiques, terrifiantes, vont personnifier ses frayeurs, qu'elle finira par apprivoiser.

 

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Parabole métaphorique sur les oubliés d'un territoire, rattaché à nulle part. Dans un paysage de désolation, alors que le réchauffement climatique provoque des débordements du fleuve, une petite communauté tente de survivre dans des bidonvilles, ou à bord de radeaux de fortune.  Les habitants,  opiniâtres, font face aux tempêtes dans cet univers sauvage et brut, où la nature est encore maître des lieux. 


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Loin d'être un conte,  le film ne nous épargne pas la violence de la nature, des hommes, de la survie. Hushpuppy nous guide, nous rassure sur sa capacité à vivre là, soutenue, initiée par cette communauté de naufragés. Ce moment magique du cinéma, au-delà de la figure très attachante de cette petite fille, est une belle illustration de solidarité, de dignité préservée, de la joie aussi d'être ensemble face à l'adversité, à l'inhumanité de "la société bien pensante, bienveillante pour maintenir l'ordre social".


3724


Ce récit poétique, philosophique, ravive nos questions sur l'origine du monde, notre passage ici-bas,  notre rapport à la terre nourricière, notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes.

 

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Je passe la parole à Hushpuppy :

" L'Univers marche quand tout est à sa place.

Si un morceau se casse, même un tout petit morceau, tout l'Univers se casse.

  Je vois que je suis un tout petit morceau d'un grand Univers."


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Ce début d'année me semble  un moment opportun pour changer de rive, aller voir au-delà de la digue, le temps d'un film puissant d'émotions.


LN & Charlie

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 20:15

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Brad, le beau, le talentueux, le fantasme le plus absolu ...Sa barbichette, ses yeux froncés, son sourire esquissé, son allure, son élégance, ses ridules sous les yeux. Tout y est mais le film est un navet, croyez en deux aguerris des films noirs...

 

Brad est en "pose-pause" tout au long du film, lissé, à peine présent, figurant. Dès le début, s'installe des longueurs, des dialogues qui n'en finissent pas, sans intérêt, vulgaires, enrobés de vide, et creux à l'intérieur. Quel ennui! J'attendais impatiemment l'apparition de Brad, celui qui me rend derviche. Toujours bel homme, classe. Hélas, inanimé, inhabité, transformé en une icône, pastiche.


Le film , cynique, tisse, sans y parvenir, la dimension politique de la crise à  une embrouille de mafieux, petits malfrats. L'histoire se déroule dans une ville, déserte, dévastée, maisons abandonnées, déchets dans des rues souillées. La  lumière est grise, verdâtre, à peine naissante sous une pluie battante, omniprésente. Les bars-tripots sordides, les personnages, paumés, toxicos sont insupportables, tout devient morne. Mais surtout il ne se passe rien, même pas une intrigue de série B. Sans suspense, sans l'ombre d'un mystère ou d'un doute sur le déroulement, le milieu, la fin. Cent pour cent sans. Les discours télévisuels de Barak Obama, lors de sa première campagne, ponctuent  un  récit pauvre. Un film vidé de sa substance.


 

Pour conclure, je vous invite à lire la lettre d'un critique de cinéma, adressée à Brad Pitt.

LN

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Published by tanamo - dans Culture
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  • : Au gré de mes états d'âme j'écris des nouvelles en épisode, des haïkus, des phrasés. J'expose mes tableaux, je vous fais partager mes impression sur les films, les expositions, les livres et j'organise des concours de jeux d'écriture, tout ceci sur fond musical. partage de la musique
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