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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 09:34

 

 

 

 

 

J'étais dans le métro sur un des strapontins, là où je me sens moins enfermée, où à chaque station, je prends l'air, où je peux m'extirper rapidement de la rame. Sur les deux strapontins face à moi, une mère et sa fille.  La mère est grosse, à moche, vulgaire. Elle parle fort, des mots secs qui claquent, giflent sa fille. Cassante, elle l'accuse, la menace, l'humilie. La fille la tête basse, adolescente, redresse un peu la tête, la tourne à peine de coté et se défend d'une voix marmonnée, cassée.

 

La mère porte une veste treillis sans manches , pleine de poches auxquelles sont accrochées une épingle à nourrice, une peluche miniature. Des baskets, un baladeur avec un casque en guise de serre tête, elle a le regard aiguisé, criblé de rage. La fille, un casque à oreillettes à peine visible, maintient sa béquille, tant bien que mal. Une béquille... pour supporter sa mère. Je me demandais quand devrais je intervenir ? La main de la mère esquissait des gestes brusques, se levait puis retombait. La fille roulait des yeux, se concentrait sur son casque qu'elle tentait de démêler. Que de démêles avec sa mère , une scène de la vie familiale rejouée en souterrain. L'intime sur la scène publique.

 

Je me demandais comment cette ado pourrait neutraliser sa mère, annihiler sa violence. Jusqu'où l'amour voilerait sa haine, jusqu'où la haine exploserait, à tarir l'amour. Comment supporter cette remise en scène, qui se sait quotidienne.  Comment aller au delà de la résignation et prendre les armes pour combattre sa propre mère sur le terrain  de ses fondations. 

Miroir de sa propre féminité, comment s'aimer sans avoir la conviction d'aimer et d'être aimé par sa mère. Comment sortir  des décombres du roman familial pour bâtir sa propre histoire, libérée des serres familiales.

 

J'en étais là de mes pensées quand elles se sont toutes deux synchronisées sur un silence provisoire. Le temps de se reprendre, une trêve. Chacune contenue par sa musique, coupée de la parole, semblait recroquevillée, absente. La mère a secoué le bras de sa fille "C'est la prochaine". Elles sont sorties de mon univers, la fille soutenue par sa béquille, la mère d'un pas déterminé.

 

Le métro regorge de ces moments presque inaudibles, presque imperceptibles. Malgré soi nous devenons témoin, spectateur  de scènes intimes. Cette parenthèse dans ma journée m'a occupé l'esprit, sans doute touchée par cette adolescente, pâle, au regard triste, et cette mère dépassée par son arrogance, sa violence jaillissante.

 

Heureusement il y a aussi dans le métro des regards complices, des sourires à attraper au vol. Je vous propose d'aller jeter un oeil sur le blog d'une journaliste qui fait le portrait des inconnus du métro. Elle les filme, les interview de façon impromptue, spontanément. La galerie de portraits est foisonnante, croustillante. On se croirait dans le métro...

link

 

 

Un tableau de Gustav KLIMT, "Les trois âges de la femme"

 

trois-ages-femme-1905.jpg


 

LN

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Published by tanamo - dans Ecriture
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commentaires

Séverine 26/09/2010 14:49



Intervenir pour ?


La rééducation est longue pour apprendre à se passer de béquille, le résultat boiteux...



tanamo 26/09/2010 19:53



Nous sommes tous un peu boiteux ...en faisant ce que nous pouvons avec ce que l'on a pas???



Jacinta Delapuertadelsol 25/09/2010 00:47



j'aurais les mêmes pensées que toi, je ressens aussi souvent de l'empathie face à des comportements injustes ; la scène que tu décris m'a fait penser à un livre que je suis en train de lire "Je
t'en veux, je t'aime" sur la réparation de la relation parents-enfants, avec des histoires plus ou moins lourdes... le métro est sûrement une mine d'observation !!



tanamo 25/09/2010 09:12



OUi le laboratoire des émotions secrétes, groupales, de foule...où l'absence de mots ne masque pas totalement les maux des uns et des autres .



François 22/09/2010 19:30



tu tedemandais si tu devais intervenir? Et moi à ta place qu'aurais je fait? interrogation légitime  lorsque l'on est confronté à ce genre de situation.
personnellement je ne sais pas peut être les observer droit dans les yeux avec un souritre moqueur . Le metro est vraiment le reflet de toutes les couches sociales; un encycloprdie de la vie
vrai


bsxLN



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