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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 14:13

 

 

En chinant en Chine, les yeux bridés par mes envies, le regard  "persan", j'étais aux aguets de chinoiseries. Des vieux livres enrobés d'une poussière fine, des feuillets semés sur un coffre avachi, des lithographies jaunies par le temps. Le petit livre rouge contrastait par sa brillance, son format à glisser dans sa poche, pour suivre la voie du salut. L'œil incisif du vieil homme, frémissait dans mon dos. Je déclamai Mao, version française. Il grimaça un sourire ironique. Je déambulai dans son repère, un livre en cuir attira ma curiosité. Avec grâce, je fixai l'homme. Ses petits yeux entrouverts me donnèrent le feu vert. D'un geste lent, il me recommanda de m'installer et disparut.

 

J’effeuillai le grimoire. Je m’aventurai. Un titre en signes énigmatiques. Une gravure en noir et blanc dessinait une carte maritime ancienne.  Des navires puissants aux voiles rebondies voguaient au centre de l’hémisphère.  

 

Suivait un récit, écrit en anglais de Sir James Matthew Barrie. Certaines lettres opaques restaient indéchiffrables, des griffonnages impénétrables. Je devinai une  phrase « To be born is to make wreck on an island». Mon anglais était trop imparfait pour poursuivre ma lecture.  Le livre refermé, un signet dépassait. Des traces de poussières mordorées sillonnaient  une enveloppe. Ouverte,  écrite en français, je lus :

  P1030537

 

 Le vieil homme afficha un sourire franc, en hochant la tête.

Avec attention je dépliai la lettre...

 

 

Salut Peter !

 

Sans nouvelles de toi de puis fort longtemps, je me décide à t’écrire, comme on écrit au Père Noël. Les voies du courrier étant impénétrables, je suis persuadé que tu me liras, ou que l’on te fera la lecture de cette lettre, puisque tu ne sais toujours pas lire. En classe, pour tromper ton ennui, tu dessinais rêveur, noircissant tes cahiers de ta destinée. J’avais aussi pensé à une bouteille à la mer, mais je me méfie des chaluts malfaisants.

 

Moi ça va à peu près. Je me repose. Je suis en « grandes » vacances, si on veut. Oui, je me doute bien que tu ne sais pas ce que ça veut dire. Alors pour faire simple, disons que toi, tu es toujours en vacances, toute l’année. Libre de faire ce que tu veux, à longueur de journée. Comme dormir le jour, pour mieux rôder la nuit, guidé par le fanal de la scintillante Clochette.

 

J’allais te demander : Que deviens-tu ? Mais ma question est idiote, puisque tu restes toujours le même, égal à toi-même. Pour l’éternité. Charmeur, farceur, espiègle et facétieux. Je dois bien t’avouer maintenant, que j’ai toujours été un peu jaloux de ton courage insouciant, de ta gouaille intarissable. Tu avais une telle faculté pour subjuguer ton auditoire de fortune, au retour de nos expéditions sur les docks poisseux, où le moindre rafiot agonisant se métamorphosait en vaisseau-fantôme lugubre. A explorer d’urgence bien sûr ! Alors sous nos yeux, tu prenais soudainement de la hauteur et pas seulement parce que tu étais juché sur un baril instable, mimant nos joutes dantesques, contre des hordes de pirates sanguinaires, plus repoussants les uns que les autres.

 

Sinon j’ai une bien mauvaise nouvelle à t’annoncer. Wendy va mourir. Grand-mère alerte et vive, jusqu’à très récemment, son déclin est à présent rapide. Elle perd la tête et radote toujours les mêmes histoires, une figurine verte coincée entre ses mains malades.

As-tu su que sa fille Jane s’était mariée? J’ai toujours trouvé qu’elle te ressemblait beaucoup. Elle vit maintenant dans un autre pays, à une demi-journée de bateau. Un souterrain interminable, permet désormais de traverser sous la mer. Incroyable, non? Elle habite une drôle de ville d’ailleurs, où un mât géant de poutrelles en acier, ne supporte aucune voile. Oui tu imagines tout comme moi une île volante, avec sa coque de terre arrachée, qui dériverait au gré des courants aériens.

 

J’essaye de rendre régulièrement visite à ton père. Et j’astique longuement, ce qui tient lieu de croix, érigé sur sa tombe, son crochet étincelant. J’y ai laissée pousser un roncier sauvage, reflet de ses humeurs piquantes d’écorché vif.

 

Ho tu sais, quoi? Ici les grandes personnes ont donné ton nom à une soit-disante maladie, pour les gens qui ont du mal à t’oublier. N’importe quoi ! Moi je dirai que les grands malades sont plutôt ceux qui t’oublient un peu trop facilement !

 

Il paraît que j’en souffre aussi...

 

D’ailleurs je dois rester coucher, pas « exactement » libre de mes mouvements.

 

Tu viens me chercher?


Ton frère jumeau, qui t’aime.

 

 

P1030538

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Published by tanamo - dans Ecriture
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commentaires

françois 02/08/2010 16:40



aîe alors là j'en connais beaucoup qui sont atteints de ce syndrome ......sailor man for exemple lol



françois 31/07/2010 23:39



belle lettre ......comment se prénome cette maladie que les grandes personnes ont defini?


bsx LN



tanamo 02/08/2010 16:17



Le syndrome de Peter Pan pour désigner non pa suen maladie mais des symptomes chez des enfants angoissés par l'idée de grandir et chez l'adulte, souvent des hommes célibataires, dont le coeur est
resté bloqué dans l'enfance et ne peut donc agir en adulte au niveau de ses sentiments.(cf WIkipédia) Mais il est difficile de repérer ce symptome, appelé aussi complexe, car tous les hommes sont
des grands enfants.



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