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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 15:30

 

  Kusama-def.jpg

 

Un samedi de décembre, les rues et les magasins gorgent  de monde. Me voilà de nouveau en vadrouille à Beaubourg.  Je prends l'escalator, rituel ascensionnel.  Je monte l'échelle mécanique pour me hisser au dessus des fourmis humaines restées au sol, des toits, de tout ou presque, il reste la Tour Eiffel, les tours de la Défense, et mon voisin, plus haut que moi.


Sur-les-toits-de-beaubourg.jpg

 

Je suis venue voir l'exposition de Munch. Trop de monde...Nous redescendons au musée, voir quelques oeuvres et je retourne décrypter les logogrammes de Christian Dodemont.


Direction Galerie 1., Intriguée  par les pois, je pénètre dans le monde fascinant, parfois oppressant,  de Yayoi Kusama, peintre, sculpteure, performeuse, chanteuse, écrivaine japonaise. Une   rétrospective de 150 oeuvres réalisées entre 1969 et 2011. Un parcours chronologique permet de distinguer ses étapes créatrices, très ancrées dans le contexte politique et social. Émigrée aux États-Unis en 1957,  elle côtoie Andy Warhol. Sa démarche artistique suit les courants de l'art psychédélique puis de l'Action painting. Elle réalise des accumulations, collages systématiques. Marquée par la  sérialité, la reproduction, une obsession...

Une très belle installation, dès l'entrée, reproduit la salle à manger familiale, quand elle avait 10 ans. Tout est recouvert de pastilles de couleurs , la source de l'univers des pois, multicolores. " [...] Je puis me rendre compte de ce qu'est ma vie, qui est un pois. Ma vie, c'est à dire un point au milieu de ces millions de particules qui sont les pois[...]." 

Une hallucination perçue  à l'âge de 10ans est à la source de sa création. Autour  de cette table familiale, les fleurs rouges de la nappe se multiplient dans tout l'espace: sol, plafond, murs, elle-même.


Elle descend dans la rue, fait des happenings, ritualise elle même des attitudes libérées de tout préjugé. Sa nudité exhibée ou ses actions  de contestation politique, au moment de la guerre du Vietnam, vont influencer la scène contemporaine aux États-Unis mais aussi la jeune génération japonaise. Elle élabore la notion de Self-oblitération, sorte de représentation directe de son mal-être.  Pour conjurer sa maladie, sa psychose, elle utilise le reflet des miroirs, dans une tentative d'échapper à son image ou a-contrario d'en capter quelque chose. Corps fragmenté, réfléchi, reproduit, envahissant l'espace, cette mise en abîme de son identité résonne à mon expérience des labyrinthes de miroirs déformants des fêtes foraines.  Tour à tour attirée et angoissée, je me souviens encore de cette fascination, ce vertige d'un identité qui se dérobe, qui dès que l'on veut rassembler, réunir notre image, la figure s'évanouit, se fragmente.


Anéantie, expropriée  de son corps, son oeuvre me fait penser à une longue marche d'errance, sa  quête de réunification de sa psyché, en vain. De retour au Japon en 1973, les deuils de ses proches, une tentative de suicide, ses souffrances psychiques la conduiront à demander d'intégrer  une institution psychiatrique, où elle séjourne encore aujourd'hui. Chaque jour elle travaille dans son atelier. Sa frénésie à renouveler ses forces créatrices  est un défi pour survivre et garder le lien avec le monde.

 

Je dois dire que l'oeuvre de Yayoi Kurama m'a déroutée. Ses  tableaux sont d'une puissance assez incroyable, d'une créativité libérée des codes,  explosant les limites.

Une très belle sensation dans une salle de miroirs, dans le noir où, tour à tour, un rideau de lumière multicolores se reflètent, changent de tonalité. Je n'arrive pas à quitter cet espace , ce climat de fêtes, d'émerveillement enfantin.

 

 Cette artiste est surprenante. Son écriture picturale est le reflet, voir l'incarnation d'elle même. Elle et son oeuvre fusionnent, se confondent. Elle nous invité à  une traversée des apparences pour percevoir son intériorité, dévoilée. Ce cheminement a pu parfois échapper  à ma compréhension rationnelle mais m'a touché, par la perception de  l'inquiétante étrangeté de l'autre, qui résonne en moi...

 

 

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Published by tanamo - dans Culture
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commentaires

Lecteur-sur-le-net 13/12/2011 21:37


Ton article donner envie d'aller découvrir cette artiste. Merci à toi pour cette initiation.

tanamo 14/12/2011 00:06



Contente que ce billet t'ouvre des curiosités. Bonne visite



libre necessite 12/12/2011 07:56


je ne connais pas cete artiste, le principal est de se laisser porter par son ressenti. Merci pour la visite. Bises Dan

tanamo 12/12/2011 09:10







agnes 11/12/2011 23:08


non ça confirme le pourquoi je fais de la sculpture : )

tanamo 12/12/2011 09:09



AH oui. Sublimer ses pulsions ...



agnes 11/12/2011 19:25


quand on parle d'art thérapie on a tout dit...


 

tanamo 11/12/2011 23:06



Une thérapie de toute une vie, pour contenir le désordre intérieur...Ca te donne des idées pour les patients?



Quichottine 11/12/2011 19:15


J'ai regardé les oeuvres de la vidéo... Je crois que je préfère ce que tu en dis à ce que j'ai vu.


 


Impressionnantes création d'artiste...

tanamo 11/12/2011 23:04



Un univers très "à part" ...



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