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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 19:00

 

Un matin, première levée,  j'eus l'impatience de  savourer un moment de lecture dominicale, au lit, avec  à portée de main, un café. Mais il me manquait le livre. En circulant autour de  la petite bibliothèque remplie de poches, j'attrapais  L'arrache-coeur de B.Vian, qui depuis longtemps m'intrigue par son titre. L'arrache coeur, l'attrape-coeurs...Confusion sonore, bien sûr sans rapport l'un l'autre. A l'aube de mes 15 ans, L'attrape-coeurs de Salinger, objet de dévotion de mes aînés,  m' a profondément ennuyé. Secret gardé. Le livre culte se doit d'être reconnu par tous, au risque de ne pas être à la hauteur des initiés.

 

SDC15976.jpg

 Édition vieillotte mais c'est celle que j'ai lu

 

L'arrache coeur est le dernier livre de Vian, publié en 1953,  premier tome d'une trilogie qui n'a jamais vu le jour.  Vian renoncera à l'écriture, suite à l'insuccès de son roman.


L'univers insolite, fantasque et sombre met en scène une  histoire improbable.  Jacquemort, psychiatre, "tout neuf" est sans passé, ni mémoire, n'ayant pour seul bagage qu'une notice indiquant « Psychiatre. Vide. A remplir. ». Figure très pertinente du psychanalyste qui doit être "sans  désir, sans attente et sans compréhension" selon W.Bion, psychanalyste anglais. Jacquemort vient dans ce village, à la recherche de gens à psychanalyser, pour se remplir, exister. Il tentera de convaincre la bonne, Culblanc, en vain. Elle lui dévoilera ses formes charnelles mais dans un mutisme total. Ce récit  surréaliste qui, néanmoins se déroule dans un environnement familier, un village, une famille, bouleverse nos repères. Les vieux sont vendus à la foire, les enfants travaillent et meurent dans l'indifférence générale. Le personnage central, Clémentine,  mère de "trumeaux", se révèle une figure maternelle terrifiante, obsessionnelle, dévorante, castratrice. 

   

 En détracteur  de toute morale, Vian mêle l'absurde, la poésie, l'émotion, nous ramenant toujours à la condition humaine, en démasquant les fantômes, les monstruosités. Subtilement, l'auteur insuffle de la psychanalyse,  imprègne la narration de références à l'inconscient, souligne le sens caché de mots, noms propres,  mots trans-formés, inventés, mots-valise. Vian instille sa poésie dans la description des paysages, de la nature aux teintes bucoliques, contrastant avec l'atmosphère mortifère et la cruauté des personnages. Ainsi on cueille des fleurs de "calamine" , en regardant les "maliettes" voleter dans le ciel. Les enfants volent grâce aux limaces bleues. Quand à Jacquemort, il finira par psychanalyser le chat, le videra de sa substance et adoptera ses allures félines. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette écriture riche, foisonnante, créative, métaphorique, comme j'aime!

 

Roman troublant, dérangeant, ce livre m'a laissé perplexe quand au récit, dont l'interprétation parfois vacille, le sens échappe.  En faisant le lien avec la biographie de l'auteur des zones s'éclaircissent, comme le rapport à sa mère étouffante, les questions existentielles. "On n'est libre que lorsqu'on a envie de rien, et un être parfaitement libre n'aurait envie de rien. C'est parce que je n'ai envie de rien que je me conclus libre. Mais non, dit Angel. Puisque vous avez envie d'avoir des envies, vous avez envie de quelque chose et tout cela est faux." Extrait L'arrache coeur, p 41.


 

L'arrache coeur se joue actuellement au théâtre Douze , 6 avenue Maurice Ravel , Paris du 21 mars au 21 avril 2013.

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Bientôt un autre volet de mon escapade vianesque...

LN

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Published by tanamo - dans Culture
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commentaires

Dan 13/03/2013 07:32


Une livre que j'ai lu il y a bien longtemps mais qui m'a donné le goût de l'absurde pour toujours. J'aime beaucop le personnage de la mère dans sa démarche obséssionnelle d'amour absolu. Bises
Dan

tanamo 13/03/2013 07:45



Oui l'absurde et le jeu de l'écriture si inventive. Est ce vraiment l'amour absolu qui guide la mère, pas sûr...Bonne journée



Quichottine 12/03/2013 21:27


C'est un roman que j'ai lu tôt, relu beaucoup plus tard.


Finalement, il m'a fallu bien des années avant de l'apprécier.


Passe une douce soirée.

tanamo 12/03/2013 21:34



Un roman sombre mais très bien écrit et qui m' a intéressé sur le versant psychanalitique. Je dois dire que c'est pas léger léger...



l'agnès masquée 12/03/2013 20:52


ton billet me suffit largement...what else ! : )

tanamo 12/03/2013 21:30



ah ...je vais y réfléchir, voir ce que j'ai dans ma p'tite tête, un brin  de poèsie...si j'arrive à le déneiger



m'annette 12/03/2013 20:04


je viens d'emprunter l'attrape-coeurs de Salinger à la bibliothèque, afin de rattraper cette lacuen, et quelle ne fut ma surprise de le refermer au bout de 10 pages, en me demandant si
c'était bien le bon bouquin!!!!!!!!! Je suis contente de voir que je ne suis pas toute seule!!!


Boris Vian me dérange beaucoup, il fait partie de ces écrivains dont je trouve qu'il faut trop entrer dans l'univers pour les apprécier, et je ne parviens pas à y entrer!

tanamo 12/03/2013 21:29



Oui c'est spécial. Ce que j'apprécie c'est son inventivité, son jeu avec les mots et sa critique sans concession mais son univers reste très contrasté, voir paradoxal, quand la poésie battifole
avec la noirceur et la cruauté...A Bientôt



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