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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 07:49

un_nuage_passe_defBascule un soir d' Oh -rage

Troisième fragment

Pour mes cinq ans je décidais que le temps était venu d'aller y voir de plus près, chez celui qui parlait haut et fort, homme longiligne, instruit, sobre, d’une froideur élégante. Je me faufilais jusqu'aux abords du bâtiment et je l’épiais. Je scrutais ses gestes, ses tracés, ses courbes, ses déliés, ses ratures. Mon attention toute absorbée par le tableau, ces dessins tracés à la craie blanche me fascinaient. C'est alors que l'on me vit, m'attrapa et me fit rentrer dans la classe. Risé de tous ces plus grands, je souriais trop heureux d'avoir pu pénétrer dans l'antre des fresques murales, tissage de lignes et de courbes, d'angles et de droites, d’obliques et de rondeurs. Je sentais qu'elles renfermaient des mystères que les autres avaient déjà percés. Le maître, cet homme maigre au visage aussi rond que le O me prit d'affection. Trop heureux qu'un seul de ces garnements s'intéresse à lui, à ses discours, il accepta sans mot dire ma présence. Et durant toute cette année là, jusqu'à mes six ans, je passais mes journées devant,  dans un coin, immergé, en silence, les  leçons de la classe. Le soir quand je ne trouvais pas le sommeil c'est sur la terre du jardin à la lumière de la lune que je m'essayais aux lettres.

 

 

Durant toute l’école communale je me perfectionnais dans la calligraphie, non pas tant pour  le sens des lettres, mais pour quadriller et figurer les choses, les  objets, ma perception du monde. Chaque lettre représentait une chose, une émotion, de moi seul connu. Personne ne pouvait spontanément en saisir la signification. Rien de déjà vu, déjà  su ou appris. Les enfants cherchaient un code d’accès. Les adultes hésitaient entre le génie et la folie. Certains restaient perplexes, mes parents inquiets, mes frères moqueurs mais respectueux. Le Maitre fasciné m’encourageait puis hésitait. Soudainement envahi par le doute il me priait de me concentrer sur le sens, non pas la beauté de la forme mais le sens. Pas le sens caché de seul moi connu mais celui partagé par tous. Mes dons devenaient alors très prometteurs et feraient  ma gloire si jamais je voulais bien m’intégrer à la troupe. Ma folie suspectée ferait alors de moi un artiste, mieux, quelqu’un d’exceptionnel, unique. Il fondait ses espoirs sur mon avenir, me rappelait à la raison, en vain. Il convoqua mes parents qui l’écoutèrent avec ennui, sans expression.  Je revins le lendemain à ma place habituelle.

 

La confusion des langues des adultes me fit perdre le langage. Devenu sourd à leur parole, seules  les lettres écrites me permettaient de communiquer.

A suivre...

LN

 

 


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  • : Au gré de mes états d'âme j'écris des nouvelles en épisode, des haïkus, des phrasés. J'expose mes tableaux, je vous fais partager mes impression sur les films, les expositions, les livres et j'organise des concours de jeux d'écriture, tout ceci sur fond musical. partage de la musique
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