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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 08:27

Bascule un soir d' Oh -rage

ORAGE_5

Cinquième fragment

Vous suivez  toujours le fil ? Je vous sens inquiète. Vous pensez que je suis perdu à tout jamais. Mon récit se colore de noirceur, une âme sombre, tourmentée, solitaire. Déjà très jeune, reclus dans des pensées inaccessibles, sans logique.  Mais toute médaille a une double face. N’oubliez pas d’aller voir au delà des apparences. Changez d’optique, préférez le grand angle aux petites focales et le paysage intérieur vous paraitra plus clair, plus souple, plus pétri de sensibilité.

Je n’ai plus rien gardé de toutes ces griffures, ces arabesques, ces esquisses mais je peux vous assurer qu’elles révélaient une harmonie entre liés et déliés, courbes et lignes, obliques et droites, rondeur et raideur, plein et vide, ombre et lumière, énonciation d’une certaine sérénité. Ces gravures m’ont valu de m’envoler sur des terres étrangères, sommeiller dans la chaleur du désert, me recoquiller dans  le froid arctique, m’émanciper de mon univers étriqué jusqu’à ce soir d’orage.

*

Dans l’année qui suivit ma réussite aux examens du Lycée, je rencontrai mon maitre d’école. Plutôt courtois il me héla dans la rue. Il entretint la conversation, me questionna sur mon avenir, mes créations. Toujours laconique, je détournais le regard.

-   Vous devriez me prêter vos planches. Je connais quelqu’un qui serait intéressé. Je pourrais vous rendre célèbre, au moins vous faire éditer, exposer peut être…  .

Je répondis sans conviction.

- Oui si vous voulez  mais là je ne voie pas. 

  Il insista pour me fixer un rendez vous précis la semaine suivante.

- Cela vous laisse le temps de les rassembler. 

J’acceptai sans réfléchir. Une semaine passa durant laquelle je vacillais, captif de pensées métissées. Le rendez vous eut lieu dans un café chic. Il était déjà là. Je le dévisageais de loin. Changé, vieilli, le visage tanné, froid, le regard préoccupé, mais la silhouette toujours raide, droite. Quand il me vit il esquissa un demi-sourire.

-  Alors vous les avez ?

-   Hum…

-  Montrez ! Extraordinaire. Je ne pensais pas que vous en aviez tant. Vous avez progressé. Un travail plus élaboré, des traits plus déterminés, assurés. Mais je ne comprends toujours pas le sens. Faut-il y voir uniquement une figure décorative…

-  Regardez-les de loin comme si vous aviez un grand angle. Vous y verrez peut être quelque chose de vous. Chacun peut s’y mirer et s’y retrouver ou s’y perdre. Je vous les laisse, je suis pressé. Faites en ce que vous voulez.

 

Deux mois plus tard il me recontacta. Il m’avait trouvé l’occasion de révéler  mes talents et d’en faire mon métier. C’est ainsi que j’occupai le poste de restaurateur de manuscrits à la Grande Bibliothèque Internationale. Je lisais, copiais ou restaurais des manuscrits très anciens, dans toutes les langues. Très rapidement je reconnaissais les signes. Sans essayer de les traduire je déambulais dans ces livres, gardés secrètement, manipulés exclusivement par quelques élus, érudits de leurs époques et aujourd’hui par moi et une équipe de sept personnes. Mes dons furent décelés rapidement. Je travaillais vite, absorbé par l’ouvrage. Fasciné par  ces idéogrammes je me dérobai à ce qui m’entourait. Je découvrai tous les livres de différentes tailles, formes,  matières naturelles ou synthétiques, souples ou rigides.

 

J’ai transcris des lettres, plutôt des signes, de gauche à droite, de droite à gauche, en verticale, en diagonale, en cercle ; des figures, des dessins. J’étais discret, très productif, et conciliant. Je m’immergeais dans ces manuscrits dont chaque page était pour moi un tableau à regarder, sans signification préétablie. J’avais trouvé ce que je cherchais. Des tracés dont le sens d’origine me restait inaccessible mais dont j’avais la conviction de percevoir quelques bribes du message.

 

Chaque État, membre de la Grande Bibliothèque Internationale avait un département dans une de ses bibliothèques nationales. Ainsi je me déplaçais là où un conservateur dénichait des œuvres à rafraichir. Londres, Riyad, Damas, La grande Alexandrie, Nuuk, Novossibirsk, Pékin, New Delhi, Buenos Aires et bien d’autres.  Je poursuivais mon exploration de la mémoire planétaire, gardien de son intégrité, panseur des blessures du temps. L’air, l’humidité, la lumière avaient jeté un voile de déchirure sur ces pictogrammes d’un autre temps.

Je veillais dans l’ombre.

 

On vint me chercher. Absorbé par un manuscrit grec, je ne réagissais pas. Une main sur l’épaule me fit sursauter.

- Louis Dommage ?

- Oui….

- On vous demande au téléphone. Il dit que c’est urgent.

- AH …Je ne connais personne ici ?

- Ben si vous êtes bien Louis Dommage, c’est pour vous.

Une angoisse naissante fissura la coquille de ma tranquillité. Je la suivis. Elle me tendit le combiné. Mes mains se remirent à trembler.

- Allo ?...Louis ?

Cette voix me transporta avec fulgurance sous le Saule. Comment m’avait –il retrouvé ?

- C’est m….moi…

saule


A Suivre...

LN

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commentaires

val 01/05/2010 18:40

J'adore. C'est splendide. La suite !

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  • : Au gré de mes états d'âme j'écris des nouvelles en épisode, des haïkus, des phrasés. J'expose mes tableaux, je vous fais partager mes impression sur les films, les expositions, les livres et j'organise des concours de jeux d'écriture, tout ceci sur fond musical. partage de la musique
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