Culture

Mardi 19 mars 2013 2 19 /03 /Mars /2013 18:15

 

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Je viens de finir le premier livre de Carole Martinez, Le coeur cousu. Auteure française, elle s'est inspirée de l’histoire de ses propres ancêtres. Trois jours d'une lecture vivifiante, étonnante.  Une saga familiale, dont Soledad,  nous   conte  l'histoire, pour  s'en libérer.  Soledad, benjamine dont le prénom de solitude déterminera sa vie.

   "A ma naissance, ma mère a lu ma solitude à venir".


Le récit est une fresque espagnole du XIXe siècle, où entre    les lignes de la trame tissée, nous suivons le voyage de Frasquita, mère, épouse, amante, forte et blessée, lumineuse ou assombrie. Elle est le fuseau autour duquel se tresse l'histoire. Couturière aux doigts magiques, Frasquita coud les robes, mais aussi les chairs et les corps blessés des hommes, avec une agilité divine. 


   " Mon nom est Frasquita Carasco. Mon âme est une aiguille. Tes feuilles lancées au désert, les voici réunies, reliées dans un livre que tu pourras refermer à jamais sur mon histoire. Soledad, ma fille, sens ce vent sur ton visage. C'est  mon baiser. Celui que jamais je ne t'ai donné."


Magicienne, sorcière, elle poursuit sa route, en errance, entourée de ses enfants, soudés les uns aux autres:  "[...]leur âme brodée au passé, traversée par la lignée, emplie d'un réseau compliqué de mailles bouclées et tortillées se succédant rang par rang."


Une histoire de femmes, avec leurs mystères, leurs secrets, leurs superstitions, leurs souffrances, leur force et leur désir dans une Espagne colorée, mais où sourde la révolution, où la pauvreté du Sud souffle sur les plaines du désert.

 

"Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le masculin couche avec l'Histoire. Mais il est d'autres récits. Des récits souterrains transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l'oreille des filles, sucés avec le lait, des paroles bues aux lèvres des mères. Rien n'est plus fascinant que cette magie apprise avec le sang, avec les règles. Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines."


Construit en une succession de chapitres courts, le style est d'une grande qualité littéraire. La richesse du vocabulaire, la sonorité musicale, l'inclinaison pour la métaphore, l'allégorie, forment une symphonie métissée de  mouvements épiques, tragiques, de chants funèbres, d'hymnes à l'amour. Comme si le réel,  si cruel qu'il soit, puisse être  sublimé par  la beauté des mots.


Je vous invite à vous laisser saisir par cette épopée familiale touchante, cette quête de l’identité féminine et politique dans l’Europe méditerranéenne du XIXe siècle.

 

LN

 


Par tanamo - Publié dans : Culture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Samedi 16 mars 2013 6 16 /03 /Mars /2013 12:50

L'écume des  jours, s'anime. Un des romans les  plus connus de Boris Vian,  il est adapté au  cinéma par Michel Gondry, sortira en salle le 24 avril, avec dans  les deux rôles principaux , Romain Duris et Audrey Tautou.


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    Lue  durant mon adolescence, cette  oeuvre est particulièrement    sensible quand  la question amoureuse flirte passionnément avec les vibrations de nos corps-esprits, ébranlés par tant de changements. Je l'ai relue aujourd'hui avec autant de plaisir; dès l'écoute du titre, sa sonorité, sa sensualité, je suis chavirée  par la poésie de Vian.


          Le roman est publié en 1947, période d’après-guerre. Malgré le soutien de Jean-Paul Sartre et de Raymond Queneau, ce roman ne connaîtra aucun succès de son vivant. Il retrace la rencontre amoureuse entre Colin et Chloé. Les personnages évoluent dans un univers poétique et déroutant, avec pour thèmes centraux l’amour, la maladie, la mort, dans une envoûtante atmosphère de musique de jazz.

 

Vian introduit son œuvre comme « vraie puisque imaginée ». Il s'oppose aux écrivains réalistes et opère une rupture radicale avec le roman traditionnel. Les personnages ne sont  pas placés dans un cadre spatio-temporel précis, il n’y a aucune datation, aucun détail quant à la précision du lieu.  Au premier abord, le cadre paraît familier et Boris Vian fait de ses  personnages, des individus "dans la norme", à qui tout le monde peut s'identifier. Sa poésie, son imaginaire va transformer cet environnement banal en un univers onirique, fantastique. La magie de son écriture réside dans la fantaisie surréaliste, brodée au réel, où les frontières entre l' imaginaire et la réalité disparaissent.


Vian pose la question de l'absurdité du monde,  portée  à l'époque,  par les philosophes existentialistes, dont la figure de proue est Jean-Paul Sartre. Un des personnages centraux  Chick, le meilleur ami de Colin, passionné et fou de la philosophie de Jean-Sol Partre, même s'il n'en comprend rien, figure une critique de la société superficielle marquée par un vide existentiel. En effet, Chick accumule les oeuvres de son auteur fétiche mais ne le lit pas. Colin, personnage particulièrement banal, indéfini qui « possède une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres », évolue dans une existence superficielle, vide. Sa vie  va brutalement prendre sens avec la maladie de Chloé, face à laquelle Colin va devoir se frotter au réel, notamment travailler.

 

Les procédés d'écriture chez Vian m'enthousiasment : il personnifie des objets, comme l'étagère de la salle de bains, le peigne  « le peigne divisa », la carafe  " une carafe en profita pour émettre un son cristallin qui se répercuta sur les murs". Il recourt avec subtilité à l'anthropomorphisme avec le tapis qui se met à baver. Les allusions au conte sont aussi présents avec une référence à Blanche-Neige, « les comédons se voyant si laids (/si beaux) dans ce miroir ».Il utilise des métaphores où l'écriture est plus importante que le sens  « en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l’aide d’une fourchette dans de la confiture d’abricots ». Très belle phrase, comme un tableau de Van Gogh...


Mais la fantaisie, le merveilleux, cette vision loufoque, décalée,  se heurte à la réalité inéluctable...


Nous n'en aurons jamais fini avec notre essence- et sens de l'existence...

Alors tentons de vivre "ici et maintenant" !


Bonne journée de week end

LN

Par tanamo - Publié dans : Culture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mardi 12 mars 2013 2 12 /03 /Mars /2013 19:00

 

Un matin, première levée,  j'eus l'impatience de  savourer un moment de lecture dominicale, au lit, avec  à portée de main, un café. Mais il me manquait le livre. En circulant autour de  la petite bibliothèque remplie de poches, j'attrapais  L'arrache-coeur de B.Vian, qui depuis longtemps m'intrigue par son titre. L'arrache coeur, l'attrape-coeurs...Confusion sonore, bien sûr sans rapport l'un l'autre. A l'aube de mes 15 ans, L'attrape-coeurs de Salinger, objet de dévotion de mes aînés,  m' a profondément ennuyé. Secret gardé. Le livre culte se doit d'être reconnu par tous, au risque de ne pas être à la hauteur des initiés.

 

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 Édition vieillotte mais c'est celle que j'ai lu

 

L'arrache coeur est le dernier livre de Vian, publié en 1953,  premier tome d'une trilogie qui n'a jamais vu le jour.  Vian renoncera à l'écriture, suite à l'insuccès de son roman.


L'univers insolite, fantasque et sombre met en scène une  histoire improbable.  Jacquemort, psychiatre, "tout neuf" est sans passé, ni mémoire, n'ayant pour seul bagage qu'une notice indiquant « Psychiatre. Vide. A remplir. ». Figure très pertinente du psychanalyste qui doit être "sans  désir, sans attente et sans compréhension" selon W.Bion, psychanalyste anglais. Jacquemort vient dans ce village, à la recherche de gens à psychanalyser, pour se remplir, exister. Il tentera de convaincre la bonne, Culblanc, en vain. Elle lui dévoilera ses formes charnelles mais dans un mutisme total. Ce récit  surréaliste qui, néanmoins se déroule dans un environnement familier, un village, une famille, bouleverse nos repères. Les vieux sont vendus à la foire, les enfants travaillent et meurent dans l'indifférence générale. Le personnage central, Clémentine,  mère de "trumeaux", se révèle une figure maternelle terrifiante, obsessionnelle, dévorante, castratrice. 

   

 En détracteur  de toute morale, Vian mêle l'absurde, la poésie, l'émotion, nous ramenant toujours à la condition humaine, en démasquant les fantômes, les monstruosités. Subtilement, l'auteur insuffle de la psychanalyse,  imprègne la narration de références à l'inconscient, souligne le sens caché de mots, noms propres,  mots trans-formés, inventés, mots-valise. Vian instille sa poésie dans la description des paysages, de la nature aux teintes bucoliques, contrastant avec l'atmosphère mortifère et la cruauté des personnages. Ainsi on cueille des fleurs de "calamine" , en regardant les "maliettes" voleter dans le ciel. Les enfants volent grâce aux limaces bleues. Quand à Jacquemort, il finira par psychanalyser le chat, le videra de sa substance et adoptera ses allures félines. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette écriture riche, foisonnante, créative, métaphorique, comme j'aime!

 

Roman troublant, dérangeant, ce livre m'a laissé perplexe quand au récit, dont l'interprétation parfois vacille, le sens échappe.  En faisant le lien avec la biographie de l'auteur des zones s'éclaircissent, comme le rapport à sa mère étouffante, les questions existentielles. "On n'est libre que lorsqu'on a envie de rien, et un être parfaitement libre n'aurait envie de rien. C'est parce que je n'ai envie de rien que je me conclus libre. Mais non, dit Angel. Puisque vous avez envie d'avoir des envies, vous avez envie de quelque chose et tout cela est faux." Extrait L'arrache coeur, p 41.


 

L'arrache coeur se joue actuellement au théâtre Douze , 6 avenue Maurice Ravel , Paris du 21 mars au 21 avril 2013.

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Bientôt un autre volet de mon escapade vianesque...

LN

Par tanamo - Publié dans : Culture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Lundi 25 février 2013 1 25 /02 /Fév /2013 09:00

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Première femme réalisatrice d'Arabie Saoudite, Haïfa Al Mansour présente « Wadjda », son premier long-métrage, entièrement tourné à Riyadh, dans un pays depuis les années 70 les salles de cinéma publiques sont interdites. Haïfa Al Mansour s’était déjà faite remarquer avec plusieurs courts-métrages et un documentaire primé, « Women Without Shadows ».

 

La réalisatrice dénonce les tabous, l'intolérance, les codes moraux, religieux et sociaux qui entourent la vie des femmes saoudiennes. Le film insiste sur les conditions difficiles des classes défavorisés de l’Arabie Saoudite. Il permet de briser le silence et de mettre en perspective le point de vue de la mère  confrontée à l'abandon de son mari pour prendre une coépouse, l'effondrement de ses aspirations à une vie heureuse, et celui  d'une enfant de 12 ans qui ressent ces codes comme une entrave à la liberté de pensée, à son énergie espiègle. Wajda est une petite fille intrépide, au caractère rebelle qui rêve de posséder une bicyclette alors même que les femmes n’ont pas le droit de conduire seules.


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Avec ses baskets, son voile mal ajusté et son abaya dévoilant son jean, Wajda tente d'échapper au carcan des traditions et au strict règlement de son école de filles, lieu d'enfermement, de type carcéral.  « Wajda est peut-être un film sur les femmes, concède-t-elle, mais je ne l’ai pas pensé ainsi au départ. Je voulais faire un film sur les choses que je connais et que j’ai vécues. Il était important pour moi que les hommes du film ne soient pas des caricatures(…) Dans mon film, les hommes et les femmes sont embarqués dans le même bateau ».

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Pour la cinéaste saoudienne, il ne s’agit pas de révolte mais de révolution intérieure. « Tout commence par soi, précise-t-elle, comme si elle voulait bien expliquer son intention. Un travail qu’on effectue sur soi-même pour devenir une meilleure personne. D’ailleurs, je n’aime pas les mots trop ronflants et tonitruants qui parlent de liberté. Ils ont tendance à souvent sonner creux de nos jours. »

En effet, Haïfa al-Mansour ne veut pas  choquer. « Je respecte les codes et les règles de ma société, mais pas au point de m’y fondre et de m’annihiler. D’ailleurs, en choisissant mes personnages, je tenais à ce qu'ils soient du tissu organique de la société et non isolés et loin de la réalité. » De la maman, interprétée par Reem Abdallah, à la petite Wajda (Waad Mohammad), ce sont les différents profils de la femme qui y sont représentés. « Il est important que la femme ait foi dans sa propre personne pour pouvoir s’imposer », dit la cinéaste.

 

La réalisatrice a étudié la littérature à l’Université américaine du Caire et le cinéma à Sydney, mais c’est en plein cœur de Riyadh qu’elle a souhaité filmer l’intégralité de son oeuvre, s’ajoutant ainsi à une courte liste de réalisateurs ayant eu l’audace ou l’autorisation de tourner des fictions en Arabie Saoudite. Une « aventure », de l’aveu même de la cinéaste : « Je devais régulièrement courir pour me cacher dans le camion de la production dans les quartiers les plus conservateurs, où les gens auraient pu désapprouver qu'une femme réalisatrice travaille ainsi aux côtés des hommes », déclare-t-elle.


Le Muhr du meilleur long métrage arabe lui a été décerné, doublé du prix de la meilleure interprétation féminine pour l’actrice de Wajda, Waad Mohammed. « Depuis mon jeune âge, je m’amuse à faire des films avec une bande de copains. J’ai toujours aimé le cinéma et mon père ne m’interdisait pas d’en voir. Ainsi, quand j’en ai eu l’occasion, j’ai réalisé un premier court-métrage et l’ai envoyé aux Émirats qui l’ont bien accueilli. Ceci m’a confortée dans mon choix et m’a encouragée à poursuivre cette voie. »

Wajda n’est pas un énième film de révolution. Son ambition n'est pas de moraliser ou prêcher mais exprimer comment un  triomphe sur soi sème les graines du changement.

« La controverse ne me fait pas peur car elle est un phénomène de bonne santé. » "Tourné à la manière des néo réalistes des années 1960, il véhicule, tout comme sa bicyclette (qui devient à son tour un personnage), ces images symboliques qui ont traversé le 7e art, notamment Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica ou Le Gamin à vélo des frères Dardenne, « mais aussi, ajoute la cinéaste, le travail de Jafar Panahi. Je suis fière que mon œuvre ramène à l’esprit toutes ces impressions, car pour moi, ces réalisateurs sont des maîtres ».

 

L'analyse d'un univers social culturel, à travers l'expérience d'une fillette, permet de modifier son regard et de questionner, à la manière de candide, nos représentations, nos propres repères. Je fais le lien avec Hushpuppy, dans Les Bêtes du Sud Sauvages, petite fille de 6 ans qui va par sa perception et sa ténacité redonner aux adultes l'énergie de résistance.

J'ai découvert, sidérée, les rituels, les  codes religieux, la soumission de la femme au pouvoir masculin, lui même enferré par la religion, obscurantisme triomphant. Si je mesure mieux les écarts entre nos sociétés et le poids de la religion, instrument d'aliénation de l'Homme, je suis d'autant plus réactive, intolérante, j'en conviens, aux signes, codes religieux qui tentent de recouvrir d'un  voile noir,  l'horizon de la liberté de pensée, l'émancipation de l'Homme.

 

Ombres noires et silhouettes blanches, une vie en noir et blanc qui reste à colorier...

 

Bon film

LN

 

Par tanamo - Publié dans : Culture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Vendredi 15 février 2013 5 15 /02 /Fév /2013 21:12

Le Génie de la Bastille est un regroupement d'artistes dont je vous ai déjà parlé. Cette exposition à laquelle participe une cinquantaine d'artistes  présente de très petits formats à petits prix. Elle a lieu jusqu'à Dimanche 17 février dans une galerie très belle, 1 rue Francis Picabia 75020 à deux pas du métro Couronnes.

 

J'ai eu du mal à choisir l'une de ces oeuvres, étant pour beaucoup d'entre elles très subtiles. Quand je regarde mon mini génie, je zen en noir et blanc, en lumière  de Chine...

 

Je vous invite à aller y faire un tour,  un détour  sur les univers étranges, doux , féminin ou  plus rugueux, tous avec un beau travail créatif. 


Quelques images pour une mise en bouche 

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Bonne visite, la lumière sera plus belle...

LN

Par tanamo - Publié dans : Culture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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